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Louisiane adoptée par ses ancêtres. Son goût prononcé pour les
voyages qui le mènent de l’Afrique au Népal, des Amériques à la
Sibérie, comble le Peintre officiel de la Marine nommé en 1981.
Cet amoureux de la mer, et qui rêvait de devenir aviateur, affronte
l’espace de la peinture pour laquelle il donne une solution à la
profondeur, sans revenir à la perspective traditionnelle.
En se dégageant de toute anecdote et revenu récemment à une
transposition allusive du paysage, c’est avec le corps, le visage, le
nu, qu’Arnaud d’Hauterives nous donne l’impression de basculer
dans un ailleurs. Tout devient surface dans une composition
complexe, ancrée cependant dans l’héritage du classicisme fran-
çais par l’équilibre et l’harmonie et une observation médita-
tive qui lui fait rechercher l’accord de la ligne et de la couleur,
celui de la composition et des valeurs détentrices de la lumière.
Mais le peintre rêve ses nus. Son refus du modèle est dans la
contrainte inhérente à la copie qui anémie le pouvoir de l’imagi-
naire. Mystérieusement voluptueuses, ses femmes nous regardent
sans pudeur. Georges Cheyssial dans son discours de réception
d’Arnaud d’Hauterives à l’Académie des beaux-arts le 30 octobre
1985, a dit : « ... pour vous, les déesses que vous mettez en scène
n’ont pas la sereine certitude de celles descendant de l’Olympe.
Tout aussi belles, mais d’une autre beauté, elles portent en elles
le doute d’un paradis accessible et la certitude d’une vie traversée
d’orages et de passions ».
Ses nus ont une splendeur grave dans une atmosphère où l’ombre
et la clarté installent des transparences lumineuses. Sa peinture
restitue d’une façon troublante l’intégrité des espaces et des
matières. Les chairs transfigurées dans une pâte onctueuse nous
font éprouver la pesanteur des substances. C’est en cela qu’il
exprime certains états ambigus. Un érotisme sous-jacent en phase
avec le songe baudelairien installe une sorte de sidération. Ces
femmes, telles le sphinx, appartiennent au monde onirique. Leurs
ombres mortelles qui les accompagnent planent sur la clarté de
leur beauté chimérique. Ce rêve pérenne, Arnaud d’Hauterives le
poursuit encore.
Page de gauche : En novembre 2008,
à l’occasion de la première exposition
du Prix de Photographie de l’Académie des
beaux-arts - Marc Ladreit de Lacharrière,
Malik Nejmi, lauréat 2007, Yann Arthus-
Bertrand et Lucien Clergue, membres
de la section de Photographie, et
Jean-François Spricigo, lauréat 2008,
entouraient Arnaud d'Hauterives, au centre.
Photo Bernard Perrine
La devinette
, huile sur toile, 116 x 89 cm,
1992, collection de l'artiste.
Ci-contre : Grande salle des séances
de l'Institut, pendant le défilé organisé
pour les 70 ans de carrière du couturier
Pierre Cardin, membre libre de
l'Académie (voir pages 6-7).
Photo © Sebastião Salgado
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