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Arnaud d’Hauterives, peintre
Par
Lydia Harambourg
,
correspondant de l’Académie des beaux-arts
P
remier Grand Prix de Rome de peinture en 1957, Arnaud
d’Hauterives fait preuve dès ses débuts d’un solide métier.
Élève à l’École des beaux-arts de Reims, il entre en 1955 à l’École
Nationale Supérieure des beaux-arts de Paris où il poursuit sa
formation dans les ateliers de Raymond Legueult pour la peinture,
et d’Edouard Gœrg pour la gravure. Auprès de ses maîtres, il
approfondit les arcanes d’un art dont il mesure l’exigence et
la discipline, convaincu par un enseignement qui perpétue le
rayonnement de la peinture française dans l’héritage du dessin
et de la couleur. Son séjour à la Villa Médicis de 1958 à 1961, et
celui à la Casa de Velasquez de 1964 à 1966 donnent une réalité à
sa formation classique. Celle-ci est stimulée au contact de Balthus
qui a succédé à Jacques Ibert à la direction de l’Académie de
France à Rome. À ses côtés, il expérimente la liberté de peindre
et l’esprit moderne qui s’y rattache en dépit des contraintes. Ils
cohabiteront sur les cimaises de la galerie Henriette Gomes.
La tradition est bien dans ses convictions. Elle dissimule aussi une
puissance d’invention dans la beauté. Il semble qu’il ait trouvé sa
ARNAUD D'HAUTERIVES
actua l i tés
voie véritable dans le sentiment d’une instance inattendue par
laquelle le peintre renouvelle la nécessité du sujet, déraciné des
préjugés particularistes dans le clivage figuration / abstraction
qui agite alors la scène artistique française, au profit d’étranges
allusions aux réalités de l’âme.
Dans cet engagement qu’il fait sien d’une peinture figurative qu’il
veut de notre temps, il sollicite ses connaissances, réveille des
réminiscences culturelles qu’il met d’une façon plus ou moins
consciente au service de l’homme et de la nature. Il construit une
œuvre qui ne semble vivre que dans sa mémoire ou sa rêverie.
Avec ses premiers pastels réalisés dans le Morvan chez Balthus,
il découvre dans les lignes amples du paysage une distance d’un
autre ordre, celui de la poésie. Il inaugure des harmonies dorées,
griffées de traits à la plume dont les ruptures de tons purs distillent
une lumière blonde qui le caractérise. Quêteur d’espace, il garde
l’impression première qui défie le temps. L’évidence autoritaire de
sa peinture est l’étrange résultat d’un exercice intuitif de mémoire
chez celui qui sollicite ses racines, avec ses séjours réguliers en
Démissionnaire pour raison de santé, Arnaud d’Hauterives a été
Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts de 1996 à
2016, et l’histoire retiendra que c’est sur sa volonté qu’a été créée
la section de Photographie. Mais cette fonction, très prenante,
a quelque peu éclipsé sa carrière de peintre, sur laquelle nous
revenons aujourd’hui.
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