lettre84 - page 21

|
21
Le peintre poursuit : « Il siérait surtout d’y voir, par-delà l’art
et sa technique savante, les agissements spirites d’un incons-
cient medium,
le surnaturel est sa nature ». Dans la singularité
de son œuvre tératologique, le rôle de la lumière est destiné
au renversement du sens, en déplaçant le réel, cède devant
la « logique » de l’imaginaire, selon Redon. C’est avec, et par
la lumière qu’il démontre que l’art ne représente pas, mais
« signifie ». Avec sa série des « Noirs » il traverse le miroir. Non
plus le miroir des Vanités mais celui où « se mire » l’artiste à
la poursuite de sa création qui prolonge l’œuvre qui s’y lit en
transparence. La complexité tient à ce mélange d’ésotérisme, à
l’irrationalité de l’âme, de mystique et de théosophie en prise sur
la Nature. Ses sources d’inspiration sont riches, parfois contra-
dictoires dans une pensée qui cultive « le sens du mystère » et
a cherché toute sa vie dans ses créations « sa propre image ».
Fasciné par tout ce qui pour lui constitue « la chose éternelle »,
il va créer par « l’image » des « images ». C’est par l’introduc-
tion de la lumière et par son rôle initiatique dans son œuvre
peint et gravé qu’Odilon Redon en fait une incarnation unique.
Un exemple, celui de ses « Noirs ». Quel médium plus magique
que le fusain, « cette poudre volatile impalpable, fugitive sous
la main » ? À partir de 1875, « cette matière quelconque qui n’a
aucune beauté en soi, facilitait bien mes recherches du clair-
obscur et de l’invisible ».
Le noir porte la lumière. Il dispense l’invisible qui témoigne de la
vie intérieure de l’artiste. Un invisible que suggère la lumière. Dans
cette « logique du visible » au service de l’invisible, le noir met en
abyme le blanc du papier, symbole ici de la structure de l’espace.
La nuit, le jour se confondent pour « un essor dans une autre vie ».
Celle du rêve, ou du cauchemar ? L’expérience de la lumière, avec
le fusain et les suites de lithographies, se transposera ultérieure-
ment dans ses pastels et ses peintures où la lumière irradie un
monde subtil habité de cyclopes, d’êtres au corps éthéré, intermé-
diaires des puissances occultes et néognostiques.
1...,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20 22,23,24,25,26,27,28,29,30,31,...40
Powered by FlippingBook