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d’inscrire notre course au milieu du grand meeting Areva au stade
de France. Le tournage de notre scène s’est déroulé devant 46000
spectateurs (qui avaient été prévenus), et nous n’avions droit qu’à
une seule prise ! Mais malheureusement, c’est Rachida qui s’est
blessée juste avant, une rupture du tendon d’Achille. J’ai donc, en
vingt-quatre heures, modifié le scénario en y intégrant sa blessure
bien réelle, et j’ai mis quelqu’un d’autre à sa place pour la course,
qui la remplaçait dans la fiction comme dans la réalité.
N.E. : Vous aviez choisi pour ce rôle une
actrice qui était vraiment une coureuse ?
R.W. : Oui, Rachida avait un passé d’athlète, quand elle avait
dix-huit ans elle courait le 200 mètres et elle a une belle foulée !
Je dois préciser que si ce film a pu se faire, c’est grâce à l’aide de la
Fédération d’athlétisme, qui nous a aussi permis de filmer notre
course dans le cadre du meeting au stade de France, de travailler
à Charlety, d’inscrire nos deux acteurs à l’INSEP au Bois de
Vincennes où ils se sont entraînés avec des sportifs de haut niveau
et des entraîneurs officiels qui les ont intégrés dans leurs groupes.
N.E. : Pour les autres films, les personnages sportifs
étaient joués par des doublures ?
R.W. : Pour certaines scènes d’Est-Ouest, oui, par exemple quand
le nageur russe se retrouve dans le détroit d’Odessa, avec une mer
très houleuse, il fallait un nageur professionnel et nous avons eu
la chance de tourner avec d’anciens champions d’Ukraine. Pour
Indochine, nous n’avons pas trouvé en Malaisie, où se tournait le
film, une équipe de rameurs à la peau blanche, et nous sommes
allés les chercher à Hong-Kong où il y avait un club de rameurs
britanniques. Vincent Perez a donc été s’entraîner avec eux, et
ensuite ils nous ont rejoints sur le tournage à Ipoh. Le jour de la
première d’Indochine à New York, un de ces rameurs est même
venu nous voir !
N.E. : Pourquoi le sport est-il tellement cinématographique ?
R.W. : Actuellement il faut aborder autrement le sport au cinéma,
car il y a une extraordinaire et imbattable concurrence de la télé-
vision, qui filme avec 25 caméras, au centième de seconde, sous
tous les axes, et vous avez une image très belle qui en plus vous
est renvoyée au ralenti. Au cinéma on n’a pas les moyens de filmer
comme cela, notre force est de nature dramatique, nous devons
inclure les personnages dans une histoire forte. C’est la raison
pour laquelle il y a très peu de films sur le sport. Par exemple il n’y
a pas de grand film sur le foot, pourtant il y a des figures intéres-
santes ! Le seul sport sur lequel il y a davantage de films, c’est la
boxe, mais c’est aussi à cause de l’environnement ; ce sont souvent
des films noirs, avec des mafieux, qui permettent de plonger dans
un milieu social au bord de la délinquance, on est proche du polar.
En ce qui concerne la course automobile, il y a quelques films,
avec Steve Mac Queen notamment... Il y a eu aussi quelques films
intéressants sur le rugby - pas celui de Clint Eastwood, qui ne s’est
en fait pas du tout intéressé au rugby, laissant toutes les prises de
vue du jeu filmer par une seconde équipe, - comme Le prix d’un
homme, de Lindsay Anderson, un film très dur mais très sauvage,
en 1963. Toujours dans les années soixante, un autre film anglais,
La solitude du coureur de fond, de Tony Richardson, magnifique,
et Un enfant de Calabre, de Comencini. Et récemment Jappeloup,
sur l’équitation, de et avec Guillaume Canet, qui est cavalier, et
auquel Pierre Durand lui-même (le cavalier dont le film raconte
la destinée) a collaboré.
N.E. : Peut-être faut-il mieux mettre ces films en valeur ?
R.W. : Le Prix Victor Noury, Prix de cinéma de l'Institut décerné
sur proposition de l’Académie des Beaux-Arts, vient de récom-
penser un jeune cinéaste, Sacha Wolff, auteur d’un film formidable
sur le rugby, une fiction intitulée Samouraï. Ce cinéaste a eu une
formation de documentariste à la Femis, on s’en rend compte à sa
manière de filmer le sport, mais en même temps il a réalisé une
fiction passionnante avec des personnages attachants.
N.E. : Pourquoi si peu de films finalement ?
R.W. : Le sport est un immense sujet, mais il fait peur aux
cinéastes qui se disent que leurs images seront moins riches que
celles de la télévision... Au cinéma, nous devons donc inscrire le
sport dans une ligne dramatique, le sport de peut pas être le sujet
principal, c’est une des activités, voire la passion de notre héros.
Et la nôtre.
En haut : Rachida Brakni (Leïla) et Cyril Descours (Yannick) dans
La Ligne droite
, film français réalisé par Régis Wargnier, sorti en 2011,
qui traite de l'athlétisme handisport. Photo Stéphane Kempinaire.
DRAMATIQUE
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