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la main gauche, pour mieux observer son adversaire à travers
le masque métallique.
C’était un rendez-vous charmant, plus parisien que sportif.
Quant à l’« l’auto » je ne la mentionne que pour la forme –
la considérant plutôt comme un fauteuil roulant pour me
rendre sur « le motif », et ne l’utilisant qu’à l’extrême ralenti.
De tous les sports, c’est la boxe qui m’a le plus passionné.
Entre 1910 et 1914, à la grande époque des Sam Langford,
Sam Mac Vea, Joe Jeannette, Harry et Willie Lewis, Dixie Kid,
Klaus, Papke, j’ai pu assister aux débuts de Carpentier, j’ai vu
Moreau et Bernard dans leur pleine forme et j’ai vu monter sur
le ring ces tout débutants qu’étaient Ledoux et Criqui, ces futures
champions du monde de l’après-guerre 1914-1918.
J’allais aux grands combats, Salle Wagram, à L’Hippodrome et à
La Grande Roue, mais j’affectionnais particulièrement une salle
modeste : Les Arènes de Boxe où paraissaient les débutants dans
de petits matches de quatre à six rounds au maximum.
Les familles des jeunes boxeurs étaient présentes dans la salle :
« Ne t’énerve pas », criait une mère anxieuse dans la salle, à
son fils qui distribuait des swings dans le vide. Entre chacun des
rounds, un soigneur allaitait maternellement son poulain avec
un litre de vin rouge. Souvent, les cordes mal tendues laissaient
choir un combattant sur le premier rang des spectateurs...
Ces thèmes du sport, si vivants, si actuels, semblent laisser
indifférents trop d’artistes du xx
e
siècle. Et pourtant, Géricault,
Degas, Lautrec, ont indiqué la voie : trop peu l’ont suivie.
C’est encore le témoignage de l’antiquité grecque qui demeure le
plus fort et le plus vivant, comme de marbre du Discobole ou ces
coureurs inscrits sur les vases antiques, qui semblent encore vivre
et courir aujourd’hui ; ils ont vingt-cinq siècles. »
André Dunoyer de Segonzac, novembre 1958
Bibliographie :
Tableau de la boxe
par Tristan Bernard, illustré de vingt neuf gravures à l’eau-forte
par A. D. de Segonzac, Paris, Éd. de la Nouvelle Revue française, 1922.
Dunoyer de Segonzac témoin du sport,  témoin du sport = witness to sport
,
Musée olympique, Lausanne, du 9 mars au 14 mai 1995 / textes Robert Parienté,
Éd. Pedro Palacios, 1995.
LE SPORT VU PAR
UN SYMPATHISANT
Par
Érik Desmazières
, membre de la section de Gravure
pour la boxe et un réel talent à « griffonner » le cuivre avec
légèreté tout en saisissant avec justesse le mouvement, la vitesse,
les jeux de jambes... Voilà ce que ce « sympathisant du sport »
écrivait en novembre 1958 à l’occasion de l’élaboration de son
catalogue raisonné :
Le sport vu par un sympathisant :
Je n’ai jamais été un vrai sportif – ni passionné, ni même
convaincu -. Mais plutôt un vague amateur, et surtout : un
« voyeur ». J’aimais et j’aime toujours « regarder » les beaux
mouvements : ceux des danseuses comme ceux des athlètes :
Isadora Duncan comme Nijinski ou Gaudin, comme Carpentier.
« C’est beau comme Racine », clamait un jour Romain Coolus
pendant un combat de Carpentier : « même élégance, même
style, même mesure ! »
Mes débuts sportifs commencent vers 1894 par l’achat d’une
bicyclette au magasin du « Bon Marché ». Cette machine -
cadeau de mon père, malgré l’opposition de ma mère qui y voyait
une dépense dangereuse et inutile - a été le premier témoin de
ma vie sportive : large guidon, caoutchoucs pleins, munie d’un
cadre : en 1894 c’était d’une extrême « nouveauté ».
Plus tard, un peu de tennis et de football, le jeudi, quand
j’étais au lycée Henri IV, puis, à l’époque de ma rhétorique,
course à pied, le « mille cinq cents mètres », au Sporting Club
universitaire de France, dans le parc de Sceaux.
Je n’ai réalisé aucune performance intéressante à cette époque,
où Giraudoux était champion de France du « 400 mètres »,
en 54 secondes, je crois.
En fait, un seul sport m’a vraiment conquis : la chasse à tir au
chien d’arrêt que je pratiquais à Boussy-Saint-Antoine sur les
terres de la ferme, propriété de ma grand-mère, Clémence Persil.
Ce beau domaine en lisière de la forêt de Sénart [...] Je restais des
heures en observation tout en lisant Jules Verne et Walter Scott
et, plus tard, Balzac et Stendhal.
Après vingt ans, j’ai délaissé la chasse : la peinture et le
dessin m’ont absorbé complètement.
Vers 1912, plus par amitié que par goût sportif ou hygiène,
j’ai pratiqué l’escrime chez mon ami Paul Poiret, le couturier
artiste et mécène.
J’y retrouvais Boussingault, Chéruit et des artistes dont la
chère Marie Laurencin qui venait croiser le fer avec nous.
Elle tenait son fleuret de la main droite et son face-à-main de
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