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s’ouvre devant eux. Mais pourtant ce n’est pas là que s’expriment
de la façon la plus marquante, la plus spectaculaire, l’innova-
tion architecturale et l’invention formelle qui caractérisent les
nouveaux stades.
C’est dans l’enveloppe qui les recouvre que se manifestent leur
originalité et leur nouveauté. Ces enveloppes, ces toitures sont
conçues pour répondre aux exigences de confort des spectateurs
d’aujourd’hui et aux besoins des organisateurs de spectacles. Mais
elles sont surtout la signature architecturale des nouveaux stades.
Rappelez-vous, les gradins de la plupart des stades construits
avant la Seconde Guerre mondiale, et même quelques années
après, n’étaient que partiellement couverts par de modestes
auvents d’une architecture sommaire. Au stade de Colombes
rénové pour les Jeux Olympiques de 1924, l’architecte Louis
Faure-Dujarric ne couvrit qu’une partie des gradins par de simples
charpentes métalliques pour respecter le budget limité qui lui
était imposé.
Ce n’est qu’en 2000 que les gradins du stade Olympique de Berlin,
dessiné dès 1933 par Werner March, furent recouverts en totalité.
Ceux du « Stade des Marbres », conçu en 1928 à Rome au sein du
Foro italico par Enrico del Debbio, ne le seront pas.
Souvenez-vous du Maracana, ce temple mythique du « Futbol »
construit par le Brésil pour accueillir la coupe du monde de 1950,
pensez aux 200.000 spectateurs cuisant, debout, stoïques sous
les rayons d’un soleil implacable. Seuls quelques rares privilégiés
étaient à l’abri. C’est bien plus tard qu’une première couverture
complète fut réalisée. Réduit à 79.000 spectateurs et mis aux
normes de la FIFA pour la Coupe du monde de 2014 et les Jeux
Olympiques de 2016, il est maintenant doté d’une magnifique
couverture annulaire.
En 1967, Roger Taillibert projette le nouveau Parc des Princes.
Il imagine une couverture révolutionnaire en béton, immense
auvent elliptique de cinquante mètres d’encorbellement. Moins
de dix ans plus tard, il réalise le stade olympique de Montréal et sa
couverture de toile suspendue à une immense tour inclinée. Elle
deviendra le symbole de la ville.
J’ai toujours en tête le stade de Munich construit pour les Jeux
Olympiques de 1972 par l’architecte Behnisch et sa merveilleuse
toiture conçue par Frei Otto.
En I994, je dessine, avec mon confrère Macary, le Stade de France
et son disque de six hectares qui flotte à 40 mètres au-dessus de
l’arène et du parvis. Puis, à Suwon en Corée du Sud, la toiture du
stade des « Blue Wings » qui prend la forme d’une immense aile
d’oiseau. Au nouveau stade olympique d’Istambul, le croissant
de la couverture repose sur une poutre de 200 mètres de portée,
évocation d’un pont jeté entre deux continents.
Récemment, avec la Scau et Didier Rogeon, nous couvrons le
stade Vélodrome de Marseille d’une vague opalescente. Elle
s’illumine le soir des matchs des lumières colorées et changeantes
qui inondent les gradins.
Le Wembley stadium de Norman Foster, son arche de 133 mètres
inscrite dans le ciel de Londres et son toit rétractable accueillent
en 2012 les Jeux Olympiques.
En 2013, Rudy Ricciotti livre le nouveau stade Jean Bouin recou-
vert d’une enveloppe alvéolaire, à double courbure en BFHUP
(béton fibré à ultra haute performance).
À Nice, le stade de Jean Michel Wilmotte déroule depuis 2013
sa coque de verre. À Lille, dans le stade Pierre Maurois, Valode,
Pistre et Ferret font coulisser le toit, tapis volant d’acier de 7400
tonnes qui couvre ou découvre la pelouse.
Je ne saurais oublier la magnifique corolle du vélodrome et de la
piscine olympique de Berlin conçus en 1992/99 par Dominique
Perrault, ni les voiles tendues du stade Charlety d’Henri Gaudin.
Dans le monde, de grands architectes ont construit et
construisent encore des stades splendides qui répondent à de
nouvelles fonctions. En magnifiant cette simple exigence des
maîtres d’ouvrages : protéger des intempéries des milliers de
spectateurs, ils ont, par des architectures audacieuses, participé à
la métamorphose des stades, transcendé la réponse fonctionnelle
et réalisé des chefs-d’œuvre.
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