lettre83 - page 27

|
27
doss i er
pouvoir les envoyer. Un motard emmenait chaque soir mes films
à Paris, ils étaient développés dans la nuit et les photos imprimées
et diffusées dans le journal le lendemain matin. Parfois nous
arrivions très tard dans un hôtel où il n’y avait pas de lits pour tout
le monde, nous devions dormir à deux par lits ! Mais malgré la
pression et les difficultés, il y avait une ambiance extraordinaire,
c’était vraiment une expérience unique !
N.E. : Une expérience qui vous sortait aussi
de votre monde habituel...
S.S. : Oui, car quelquefois le monde intellectuel méprise le sport.
Mais le sport, c’est l’essence d’un peuple, sa fierté. Partout les
coureurs français étaient attendus, applaudis, encouragés, adulés,
cela représentait beaucoup pour ce peuple qui les attendait.
N.E. : Est-ce que vous avez parfois eu la tentation
de photographier d’autres sports ?
S.S. : À mes débuts, je cherchais ma voie et j’ai un peu tout essayé,
j’ai fait des photos de courses de voitures et de motos, mais cela
ne m’intéressait pas trop et j’ai abandonné. Plus tard, j’ai eu la
proposition de photographier une des plus grandes équipées de
football du Brésil, en faire une exposition et un livre etc., mais ils
n’ont pas eu de financement et nous avons renoncé. Une autre
proposition était de photographier le Real de Madrid, de suivre les
joueurs, de vivre avec eux. Encore une fois, ce qui m’intéressait,
ce n’est pas le sport comme tel, la performance, mais la vie de ces
garçons, la convivialité, les grands groupes de supporters, bref
tout ce qui tournait autour, mais cela ne s’est pas fait non plus
car tous ces grands joueurs avaient des contrats d’exclusivité avec
les marques qui les sponsorisaient, et ne pouvaient pas se laisser
photographier en dehors de ce cadre. Enfin, à un moment de
ma vie où je ne pouvais pas quitter la France car je n’avais plus
de passeport brésilien, enlevé par la dictature militaire de mon
pays d’origine, j’attendais donc d’avoir la nationalité française,
j’ai eu l’occasion de photographier le trophée Lancôme, un grand
tournoi de golf, et donc de côtoyer de grands joueurs, j’ai fini par
photographier quelques grandes étoiles du golf mais cette fois
encore, ce qui m’intéressait, c’était l’environnement de ce sport...
J’y ai rencontré quelqu’un de sympathique, il a vu que j’étais
photographe, je lui ai demandé quelle était sa profession, et il m’a
répondu « Roi des Belges » !
En haut : Sebastiǎo Salgado, vue extraite de la série
Le Tour de France
, 1986.
1...,17,18,19,20,21,22,23,24,25,26 28,29,30,31,32,33,34,35,36,37,...40
Powered by FlippingBook