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rence s’applique à l’expression du
mouvement comme le démontre
Dynamisme d’un footballeur de
Boccioni (1913) au Museum of
Modern Art.
C’est en 1913 que Robert Delaunay
(1885-1941) s’attaque à une de ses
peintures les plus emblématiques
des mouvements pionniers complé-
mentaires que sont le cubisme et
l’orphisme, le rayonnisme et le futu-
risme : L’équipe de Cardiff (musée
d’Art moderne de la Ville de Paris).
Une autre version est conservée au
Van Abbemuseum, Eindhoven. En
quête d’un sujet novateur, Delaunay peint une mêlée entre
l’équipe de Cardiff et celle du SCUF-Sporting Club Universitaire
de France rugby de Paris. Il trouve son sujet dans un article du
magazine Vie au grand air, en date du 18 janvier 1913, qui rend
compte du match entre le SCUF Sporting Club face à Toulouse.
La modernité est le moteur d’une composition plurielle conçue
comme un collage, où l’on voit la Tour Eiffel (empruntée à sa série
éponyme 1909-10) juxtaposée avec la Grande Roue, symboles du
nouveau paysage urbain, l’hommage à l’aviateur Blériot héros de
la traversée de la Manche le 25 juillet 1909, et dans la première
partie les joueurs entre lesquels s’intercale une publicité Astra.
Tous les symboles de la vie moderne s’inscrivent dans cette
composition parfaitement lisible en plusieurs temps. Les formes
géométriques se juxtaposent en permettant la simultanéité des
couleurs pures, sources de lumière, sans se mélanger. Leur combi-
naison suggère la profondeur et le mouvement. Un mouvement
qui implique la durée et le temps, un élément déterminant de cet
art qualifié d’orphique par Apollinaire. Un temps ici suspendu – le
ballon qui se détache du carré blanc – sous-tendu à l’action des
joueurs prolongée par la métaphore architectonique de la courbe
sinusoïdale de la Grande Roue amorçant une forme sphérique. Le
sport célèbre la vie moderne qui englobe la réclame, autre vecteur
de la vie contemporaine.
Quelques années plus tard, le peintre et théoricien de l’art André
Lhote (1885-1962) donne sa vision du Rugby, premier tableau,
peint en 1917 (Centre Pompidou, Musée national d’Art moderne),
d’une série de cinq préparés par de nombreuses études dessinées
et peintes. Là encore, le peintre s’appuie sur les photos d’un
match au Parc des Princes (pratique révélatrice des liens qui
rapprochent la peinture et la photographie dans une modernité
conquérante). Dans le cubisme, né de Cézanne, le rôle joué par la
couleur chez Delaunay et chez Lhote est primordial Avec les trois
couleurs primaires (bleu, jaune, rouge) et les secondaires (violet,
orange, vert) librement disposées, l’esthétique est rattrapée par la
réalité chromatique offerte par une tradition, depuis longtemps
abandonnée, qui voulait que chaque joueur ait sa propre couleur.
D’où le surnom d’« Arlequins » donné au rugbymen au début du
XXe. Ce jeu des couleurs fait partie des ingrédients de la ville
moderne qui, avec les lumières mouvantes, l’approche nouvelle
du corps des joueurs, participe du mouvement dans le décor des
stades avec les affiches publicitaires. En 1937 Lhote reprend le
sujet avec Partie de rugby conservé au Musée de Saint-Quentin.
Picasso n’a pas échappé à la fascination d’une chorégraphie rayon-
nante et solaire unissant les joueurs. Silhouettes en apesanteur
dans un dessin de 1961 auquel répond la sculpture d’un footbal-
leur de 1965, en céramique blanche. Forme découpée esquissant
un mouvement d’envol, tel Icare.
René Magritte (1898-1967) a donné sa vision énigmatique du
football avec Composition (1962), un match dans une prairie,
peint dans un décalage volontaire et déconcertant des images
entraînant la rupture du sens.
En 1949, Horia Damian (1922-2012), élève d’André Lhote et de
Leger, peint un Joueur de rugby. Avant de prendre son envol pour
une expression radicale, l’artiste d’origine roumaine transpose et
repense les principes fondamentaux de ses maîtres.
À gauche : Jean Metzinger (1883-1956),
Vélodrome
, 1911-12, huile sur toile,
130,4 cm × 97,1 cm, Peggy Guggenheim
Collection, Venise.
En bas : Marcel Gromaire (1892-1971),
Haltères
, 1926, huile sur toile, 81 x 100 cm,
collection Docteur Maurice Girardin,
Musée d'Art moderne de Paris.
À droite : Umberto Boccioni (1882-1916),
Dynamisme d’un footballeur
, 1913, huile sur
toile. 193 x 201 cm, Museum of Modern Art,
New York.
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