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N.E. : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à Lurçat ?
P.F. : J’ai eu l’occasion de visiter la maison de Lurçat, Villa Seurat,
et j’ai été séduit par l’esprit et la liberté de cet artiste. Je le
connaissais bien sûr pour la peinture et la tapisserie, mais je ne
savais pas qu’il avait aussi créé des tissus et des papiers peints !
Comme une exposition lui était consacrée, c’était l’occasion
de lancer simultanément une collection autour de son œuvre.
Toute cette collection, deux tissus - dont celui qui recouvre les
banquettes de l’exposition aux Gobelins - et trois papiers peints,
est inspirée directement d’une quinzaine de planches représen-
tant Arlequin, issues du livre Toupie datant de 1925, et de deux
dessins, Sirènes et Soleil.
N.E. : Que retirez-vous de cette expérience ?
P.F. : J’espère que cette collection sera appréciée... En tout cas,
pour nous, travailler avec des artistes, des œuvres de cette
qualité offre une vraie ouverture sur le monde. C’est très
nourrissant pour l’équipe créatrice de la société, et cela permet
en outre de renouveler périodiquement notre image extérieure
en créant la surprise. Cela éveille aussi l’intérêt de la presse et de
manière générale positionne qualitativement notre maison dans
le milieu du tissu d’ameublement. Par ailleurs nous contribuons
à faire connaître des artistes autrement que par les musées ou
les expositions. Tout le monde est gagnant !
Nadine Eghels : La maison Pierre Frey a été créée en 1935,
nous en sommes à la troisième génération. Quand avez-vous
commencé à travailler avec des artistes pour vos collections de
tissus et de papiers peints ?
Patrick Frey : Dès l’origine ! Tout de suite mon père a
fait appel à des artistes pour aller chercher à l’extérieur une
créativité différente de celle qui s’exprime dans nos propres
collections ; néanmoins ces collections artistiques restent
minoritaires au sein des collections de la maison. Ainsi, Pierre
Frey ne perd pas son âme mais l’enrichit quand il fait appel à un
artiste extérieur.
N.E. : Comment s’effectue les choix de ces artistes ?
P.F. : Cela dépend des circonstances, ce peut être à la faveur
d’une exposition où cet artiste est mis en lumière. Il y a deux
ans nous avons fait appel à Toxique, un artiste de street art qui
appartient à la trilogie historique avec Basquiat et Warhol. Cet
artiste n’était au départ pas intéressé par le textile mais il a été
convaincu et nous avons lancé un tissu et un papier peint, très
actuels, à base de tags. Notre mot d’ordre est l’éclectisme : je
ne veux pas que la maison Pierre Frey soit limitée à un style,
axée sur le xviiie ou sur l’art déco. Ainsi, nous partons tantôt de
dessins d’enfants, tantôt de périodes de l’art classique européen,
nous avons même lancé une collection à partir de peintures
aborigènes. Il y a eu aussi une collection napoléon III, et une
autre basée sur l’indigo !
LA MAISON PIERRE FREY
Rencontre avec
Patrick Frey
, actuel directeur de la maison Pierre Frey,
éditeur de tissus dessinés par Jean Lurçat
À gauche : vue de l'atelier de
Jean Lurçat, villa Seurat à Paris (XIV
e
).
Photo Mathieu Ferrier
Ci-contre : les tissus réédités par
la Maison Frey. Photo Dorothée Demey
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