lettre82 - page 26

26
|
U
ne des premières manifestations de la Fondation Jean et
Simone Lurçat est le partenariat, instauré avec les Gobelins
pour une grande exposition pour le cinquantenaire de la dispari-
tion de l’artiste, une célébration nationale à laquelle s’associent les
lieux marqués par la présence de Lurçat (Aubusson, Saint-Céré,
Angers... ), et en Allemagne le Musée Jean Lurçat d’Eppelborn et
le Kunstverein « Talstasse » de Halle.
Engagé dans son époque, et passionnément curieux du monde,
Jean Lurçat est né dans les Vosges à Bruyères, où Lucien, rece-
veur des postes, et Charlotte engendrent une descendance de
créateurs : Jean le peintre et André l’architecte.
Jean Lurçat se forme dans l’atelier de Victor Prouvé, chef de file
de l’École de Nancy, puis vient s’immerger dans l’effervescence
artistique et intellectuelle de Paris, il a alors vingt ans. Il complète
sa formation en marge des circuits officiels, fonde avec des amis la
revue Les feuilles de mai, et décide alors d’entamer une carrière de
peintre fresquiste, mais le projet tourne court à cause de la guerre.
Jean Lurçat, engagé volontaire, subit le sort terrible des fantassins
ballottés dans la tourmente : cela le marquera à vie.
Un Lurçat, impatient et ne tenant pas en place, s’exprime durant la
décennie des années vingt. Il se fait connaître par sa peinture, en
France et aux États-Unis, et collabore avec Pierre Chareau, archi-
tecte-décorateur connu par l’intermédiaire de ses amis Jean et
Annie Dalsace, les commanditaires de l’iconique maison de verre
rue Saint-Guillaume. Il produit aussi de grands canevas brodés
par son épouse et donne des projets de tapis. La collectionneuse
Marie Cuttoli fait tisser à Aubusson des tapisseries d’après des
œuvres de Lurçat et des autres artistes de sa collection, et cette
expérience ouvre la voie de la renaissance de la tapisserie par son
ambition esthétique. Parallèlement, aux Manufactures nationales,
un salon des Illusions d’Icare est tissé ; destiné à l’ambassade
de France en URSS, il ne sera jamais mis en place à cause de la
guerre. L’exposition permet de l’admirer.
L’étape décisive est franchie lorsque Lurçat s’approprie la tech-
nique de la tapisserie de lisse et s’implique dans la technique
du langage de la laine. L’Apocalypse d’Angers qu’il découvre en
1938 confirme son intuition. Il perçoit le potentiel immense et
l’originalité de cet art. Grosseur du point, gamme limitée et carton
chiffré, il n’aura de cesse de prôner les avantages d’une méthode
En haut : Jean Lurçat,
Liberté
(Poème de Paul Éluard), 1943,
tapisserie, 283 x 330,5 cm, Atelier Goubely, tissage clandestin
exécuté sous l’occupation allemande à Aubusson.
© Alexandra Mocanu
1...,16,17,18,19,20,21,22,23,24,25 27,28,29,30,31,32,33,34,35,36,...40
Powered by FlippingBook