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JEAN LURÇAT
(1892-1966)
UNE ŒUVRE
TISSÉE
Comment se présente à nous une tenture murale ?
Eh bien, c’est un tissu rugueux, terrien, énergique, souple, certes,
mais par chance d’une souplesse moins courtisane que la soie ou le
linon. Lourd. Et c’est là où nous atteignons le centre du problème.
Lourd de matière et lourd de signification. Car si toute cette laine,
toute cette toison nouée sur chaîne par des entrelacs et des nœuds
savants et une attention ouvrière sont de poids certain, si ce tissu
est vraiment « retentissant », c’est qu’en plus, il est lourd, et lourd
d’intentions. C’est cela qui arrime sa somptuosité à l’homme et à
l’édifice donc. C’est un tissu, et qui comporte donc un duo. L’artiste
et son exécutant. Et puis des outils, des peignes, des rouets,
des métiers de chêne, des tours de main, des secrets transmis
de bouche à oreille ; des traditions familiales ; des conciliabules
journaliers entre l’artiste et son exécutant ; des apprentissages ;
un souci constant du prix juste et équitable des choses ; un souci
de la qualité des matières. Tout un chacun peut se précipiter sur
une toile, contre une toile et « l’envahir » de ses caprices. »
Jean Lurçat
Photo : Jean Lurçat, Villa Seurat vers 1945, par Robert Doisneau.
Avec l'aimable autorisation d'Annette Doisneau et Francine Deroudille.
© Atelier Doisneau
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