lettre82 - page 22

22
|
 J’ai choisi de travailler à partir de la forme particulière
et peu familière du chaperon qui appartient à l’univers
de la fauconnerie. Il dégageait une dimension onirique
différente de celle des autres objets du musée que je reliais
au milieu oriental, j’imaginais les Perses chasser avec leurs
faucons. À distance, la technique traditionnelle du crochet
et l’ancien usage disparaissaient. C’était intéressant de les
redécouvrir actualisés à travers notre perception contemporaine
dans des coques thermoformées, à l’usage d’un public qui allait
se plonger dans un univers et, quelque part, se transformer –
ou pas, en super héros ou en animal du futur. Et la question
était de savoir qui était le chasseur et qui était le chassé et,
par retournement de la situation, le chaperon devenait animal
tandis que ceux qui l’observaient devenaient chasseurs.
Le textile s’est imposé à moi comme une évidence, tant du
point de vue expérimental que du point de vue de sa liberté de
mouvement et de forme. J’ai compris que le textile infuse tout,
et qu’un designer textile développe un regard sur des champs
de possibilités multiples dans le design et pas uniquement d’un
point de vue fonctionnel. Je perçois mieux aussi combien il
n’est pas facile de construire seule : savoir ce qui se fait, qui l’a
fait, dans quel contexte et comment se positionner par rapport
à ce contexte. Et cette capacité de rebondir en permanence
permettant de construire à la fois un discours et une production
plastique n’était possible à Duperré que parce qu’il y avait
quelqu’un en face pour l’orienter. »
Anaïs Maurette de Castro
(Bts Design de mode option textile-
matériaux-surface à l’Esaa Duperré, étudiante à l’Ensci)
En haut : Anaïs Maurette de Castro,
Chaperons
, coques polystyrène choc
thermoformées dont une avec un laminage de pvc iridescent (Wig Korea) crochet
de coton teint et plumassé de barbules d’autruches, plumes de paon et fourrure
bleue pour le
Chaperon bleu
 ; fourrure d’orylag blanche plumassée de plastique
irisé et de plumes blanches pour le
Chaperon blanc
. Casques audio intégrés. Prise
son et mixage en binaural par Louis Deurre sur un texte de l'auteur.
Création pour l'évènement « Versant animal - Versions de l’homme », Musée de la
Chasse et de la Nature, 2015. Photo DR
« On veut toujours que l’imagination soit la
faculté de former des images. Or elle est plutôt
la faculté de déformer les images fournies par
la perception, et est surtout la faculté de nous
libérer des images premières, de changer les
images. S’il n’y a pas changement d’images,
union inattendue des images, il n’y a pas
imagination, il n’y a pas d’action imaginante. »
Gaston Bachelard, L’Air et les songes
1...,12,13,14,15,16,17,18,19,20,21 23,24,25,26,27,28,29,30,31,32,...40
Powered by FlippingBook