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Bouvard, Champagne et Rougier, Lemire, Potton, Rambaud et
Cie. Le public relève la qualité et la beauté des étoffes mais le
jury n’attribue aucune médaille. A Londres, les fabricants ont
assisté à la naissance du South Kensington Museum, ancêtre
du Victoria and Albert. Natalis Rondot, délégué ordinaire de
la Chambre de Paris est envoyé en mission, puis François-
Barthélémy Arlès-Dufour et Prosper Meynier et enfin en 1857
Jean-Claude Bonnefond, peintre et directeur de l’École impériale
des Beaux-Arts de Lyon, pour s’en inspirer. Le rapport Rondot
indique que « ce musée deviendra une école nouvelle ; il sera à
Lyon le complément des institutions qui servent à former le goût
et à développer les dispositions artistiques de la population ».
Immédiatement, la politique d’enrichissement des collections
est très active. La Chambre de Commerce acquiert en 1862 la
totalité de la collection constituée par le dessinateur de fabrique
Jules Reybaud, soit des centaines de textiles anciens et modernes,
des milliers de documents graphiques européens et extrême-
orientaux et des dessins de fabrique. En 1875 elle entre en
possession d’une partie de la collection des textiles médiévaux
du chanoine Franz Bock. D’autres acquisitions se font lors des
expositions universelles. En 1889, la soierie lyonnaise a été louée
par le jury. Les principales maisons offrent au musée les laizes les
plus remarquables.
Le propos universel voulu par les initiateurs du musée ouvert à
toutes les branches de l’industrie, est devenu trop ambitieux. Le
Président de la Chambre de Commerce Édouard Aynard (1837-
1913) décide de séparer les collections d’Arts décoratifs ou d’Arts
appliqués à l’industrie de celles consacrées au textile dont il veut
constituer le fonds le plus important du monde.
doss i er
L
e Musée des Tissus de Lyon est officiellement inauguré le
6 août 1891. Décidé par Édouard Aynard, Président de la
Chambre de Commerce de Lyon, il remplace l’ancien Musée
d’Art et d’Industrie et présente ses collections dans un parcours
remanié par son conservateur, Antonin Terme.
Les deux musées partagent les origines de leur histoire. Décidé
par la Chambre de Commerce, le Musée d’Art et d’Industrie s’est
ouvert le 6 mars 1864, au deuxième étage du Palais du Commerce
récemment construit par R. Dardel (1855-1862). Sa mission
pédagogique et économique, en renouvelant l’enseignement
artistique et technique issu de l’héritage patrimonial des fabriques
lyonnaises, s’inscrit dans le projet de regrouper à Lyon les témoi-
gnages de l’art textile. La place emblématique de la ville de Lyon
dès 1563 avec l’installation des tisseurs de soie et la naissance
d’une industrie se renforce au xviiie siècle du renom de la soierie
lyonnaise qui atteint l’Europe entière. La Fabrique ne cesse
de croître, faisant de Lyon la première concentration ouvrière
de la France de l’Ancien Régime qui atteint son apogée avec
Joseph-Marie Jacquard dont l’invention de la « mécanique » fait
entrer l’industrie de la soie dans l’ère industrielle. L’organisation
de la Fabrique lyonnaise va de pair avec l’institution de musées
et d’écoles d’art. En 1797, Étienne Mayeure de Champvieux,
député du Rhône, présente au Conseil des Cinq-Cents un rapport
dans lequel il propose la création commune d’un musée et
d’une école de dessin pour relancer la Fabrique affaiblie par
Révolution. Camille Pernon, célèbre marchand-fabricant d’étoffes,
fournisseurs des cours d’Europe et du Premier Consul apporte
son soutien. Dès 1806, puis en 1814 sur ordre du ministre de
l’Intérieur, le Préfet du Rhône engage la Chambre à récupérer des
échantillons de tissus réalisés dans le département. Par arrêté du
2 juillet 1829 la Chambre demande au ministre du Commerce et
des Manufactures de constituer à Lyon une collection, effective en
1834, d’étoffes de soie, de coton, de laine et de châles provenant
des manufactures étrangères.
Ce premier fonds fait l’objet de deux expositions de soieries
étrangères organisées par la Chambre, l’une en 1834, la seconde
en 1846 qui montre le matériel collecté en Chine par la première
mission commerciale (1843-1846) et les pièces les plus excep-
tionnelles acquises par la Chambre. En 1848, elle fait l’achat de
dessins et d’étoffes provenant de l’ancienne maison Dutillieu en
liquidation, suivi en 1850 par celui du petit « musée de fabrique »
d’Auguste Gautier.
L’exposition universelle de Londres en 1850 a été l’élément
déclencheur pour la naissance du musée, voté le 24 janvier
1856 sur la proposition du Président de la Chambre. Trente-six
fabricants sur les trois cents que compte la Fabrique lyonnaise
ont répondu à l’invitation à participer à l’exposition universelle.
Parmi les maisons les plus importantes figurent Mathevon et
LE MUSÉE DES
L’UNE DES PL
TEXTILES DU
Par
Lydia Harambourg
, historienne de l'art, corre
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