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Pour célébrer les 350 années de la fondation de l'Académie
des Sciences et le 250
e
anniversaire de la naissance de
Nicéphore Niépce, Jean-François Bach, Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences, a décidé d'organiser un colloque
sur la photographie, dans une séance commune avec
l'Académie des Beaux-Arts, le mardi 15 décembre 2015.
A
près avoir rappelé, le rôle primordial que jouèrent les
Académies dans la découverte et la diffusion de la photo-
graphie,
Jean-François Bach
exposa le programme de la journée
élaboré par
Gérard Berry
pour l'Académie des Sciences et
Bernard Perrine
pour l'Académie des Beaux-Arts.
La communication de ce dernier, intitulée Histoire(s) de la
photographie, avait pour objet de rappeler les conditions de la
découverte en les contextualisant dans la société, la vie politique
et le développement des sciences. Le « s » ajouté volontairement
à histoire voulait attirer l'attention sur le fait qu'une invention
n'arrive pas de façon inopinée. Une bonne quinzaine de cher-
cheurs auraient pu à un titre ou un autre la revendiquer. Les dates
des différentes commémorations de l'invention viennent rappeler
les controverses qui ont marqué les débuts et dont certaines
durent encore. Il pose aussi la question de savoir pourquoi
François Arago, physicien, Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences, homme politique, a choisi de donner au monde
l'invention de Louis Jacques Mandé Daguerre le 19 août 1839,
plutôt que celle d'Hippolyte Bayard, un « fâcheux qui ne veut
plus laisser à l'Académie et aux Pouvoirs constitués la tutelle de
l'honneur et de la gloire... »
Nées en dehors des circuits scientifiques et industriels tradition-
nels, l'une dans la soupente d'un village bourguignon, l'autre dans
un garage aux États-Unis, la photographie et la micro-informa-
tique ont pourtant changé, chacune à sa façon, le quotidien des
humains avant de s'unir pour le révolutionner.
Après ces fondements historiques,
Jacqueline Belloni-Cofler
,
directrice de recherche émérite au CNRS, laboratoire de chimie
physique d'Orsay, rappela les principes du développement
photographique et de la chimie de l'argentique.
En effet, si l'invention de Daguerre permit d'amplifier les effets de
la lumière sur le milieu photosensible des halogénures d'argent
(AgX) qui fut à la base de tous les processus argentiques (photo-
graphie couleur, radiographie, holographie... ), pendant 150 ans,
aucune théorie n'était parvenue à en expliquer le processus.
En 1973, son laboratoire mit en évidence des propriétés singu-
lières et spécifiques des nano-agrégats mono- et multi-métalliques
et réussit à démontrer, en 1989, que le potentiel de réduction
des agrégats augmentait avec leur nucléarité et que seuls ceux
dont le potentiel était supérieur à celui du révélateur pouvaient
thermodynamiquement agir comme germes de leur croissance
en créant de ce fait une nucléarité critique. Elle a permis, entre
autres, d’expliquer l’existence, alors énigmatique, d’une taille
critique dans le développement photographique argentique.
La communication de
José-Alain Sahel
, membre de l'Académie
des Sciences, dépassa largement son intitulé L'œil : un appareil
photographique, pour nous emmener vers des secteurs de pointe
concernant les rétines artificielles et les thérapies régénératrices,
domaine où il est reconnu comme pionnier.
En effet, si l'œil et l'appareil photographique peuvent être compa-
rables dans la partie optique (diaphragme, un plan de capteurs
photosensibles... ), l'analogie s'arrête là, car si l'appareil photogra-
phique est conçu pour produire une image d'une scène saisie, l'œil
a pour fonction de fournir au cerveau, non pas une reconstitution
de la scène mais des éléments d'information.
Il n'est qu'une composante de l'unité fonctionnelle constituée par
l’œil et le cerveau, lesquels génèrent ensemble une représentation
de l'environnement visuel, remaniée et intégrée en un percept
englobant.
Diriger l'objectif d'un appareil photographique n'équivaut pas à
adresser un regard. Le vocabulaire de la vision et de la photogra-
phie est commun mais les sens en diffèrent.
La séance de l'après-midi, dans sa première partie, se focalisa sur
l'avenir de la photographie, tout d'abord avec la communication
de
Gérard Berry
, membre de l'Académie des Sciences, qui
décrivit comment l'algorithmique a changé la photographie. En
argentique, l'appareil était un concentré d'optique, de microméca-
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