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hommages
La mort de l'oncle
Dans le paysage aujourd'hui dispersé de l'architecture
française, il n'y a plus guère d'écoles, de maîtres. Plus
de pères revendiqués en tout cas, et vénérés comme tels. Paul
Chemetov et les survivants de l'AUA en font figure pour les
architectes préoccupés par le logement social et l'ancienne
banlieue (Jean-Louis Cohen leur a consacré une exposition
cet automne à la Cité de l'architecture). Henri Ciriani le
demeure pour le club des néocorbuséens. Jean Nouvel sans
doute pour une large part de la profession à tournure plus
contemporaine. Et il y avait son « père » à lui, Jean Nouvel. Son
premier patron. Son mentor : Claude Parent qui est mort le 27
février, au lendemain même de son 93
e
anniversaire. S'il existe
quelque filiation entre le vieil académicien qu'il était devenu
et les courants actuels, c'est par le truchement de Nouvel et de
plusieurs de ses projets des débuts.
Parent connut des années d'éclipse. Il fut oublié dans la période
postmoderne et sembla s'enliser dans des projets parfois
assez faibles. Puis son image s'était progressivement redressée
jusqu'à l'installer dans le rôle du grand oncle. Ce personnage
plutôt marginal, artiste, excentrique et courtois, était devenu
l'une des principales références nationales. Dandy aux Rolls-
Royce, aux poses de rebelle mais d'une parfaite élégance
vestimentaire, homme bienveillant quoique souvent caustique,
il a fini apprécié comme on aime les vieillards doux et taquins.
Pratiquement inconnu à l'étranger, ignoré par la quasi totalité
des histoires de l'architecture, il était en France célébré par
les galeries d'art et les établissements culturels. Statufié par
Xavier Veilhan dans le parc de Versailles en 2009 en compagnie
de Piano, Foster, Ando, Nouvel et quelques autres, il avait été
bénéficié quelques mois plus tard d'une rétrospective à la Cité
de l'architecture, mise en scène bien sûr par Jean Nouvel. Et
d'une exposition ces jours-ci encore de travaux anciens associés
à ceux de son ancien collaborateur, quatre projets de musées
montrés dans la somptueuse galerie du couturier Azzedine
Alaïa, rue de la Verrerie. On l'y avait retrouvé mi-janvier, poussé
dans une chaise roulante, amaigri et tout joyeux... »
Le texte intégral est disponible à l'adresse :
/
membres/actuel/architecture/Parent/fiche.htm).
En haut : la statue de Claude Parent, créée par Xavier Veilhan pour l'exposition
« Les architectes » au Château de Versailles, en 2009. Photo DR
Nous pensions Jean Prodromidès indestructible tant
sa volonté, son courage et son incroyable énergie lui
avaient fait surmonter, en toute discrétion, les nombreuses
épreuves physiques qu’il avait subies ces dernières années.
La force de caractère de ce créateur hors normes s’est
manifestée dans toute son œuvre et l’on ne peut que faire un
parallèle entre le puissant oratorio
Les Perses
, composé en
1961 à l’âge de trente-quatre ans et la musique déchaînée du
Danton
d’Andrzej Wajda écrite 22 ans plus tard.
Ces deux œuvres seront à juste titre hautement récompensées,
tant leur densité avait impressionné les spectateurs.
Son expérience dans l’univers du cinéma, notamment dans les
années 50 avec Jean Delannoy, Gilles Grangier ou Roger Vadim,
lui a certainement aiguisé le sens de la dramaturgie et ouvert les
portes de ce qui allait être son centre d’intérêt principal, l’opéra.
À ses différentes musiques de ballets ou de théâtre musical
s’ajouteront donc cinq opéras,
Passion selon nos doutes
(1971),
Les traverses du temps
(1979),
H.H. Ulysse
(1984),
La Noche triste
(1989),
Goya
(1997) et plusieurs œuvres symphoniques.
Sa passion pour cet art le poussera à susciter la création du Fonds
de Création Lyrique, dans le cadre de la Société des Compositeurs
et Auteurs Dramatiques (SACD), heureuse initiative qui a permis
d’aider des dizaines de créations d’opéras contemporains.
Il avait été élu dans notre Compagnie en 1990 et, durant ces
vingt-six années, il a su nous faire partager ses passions, ses
enthousiasmes mais aussi ses révoltes. Avec Jean Prodromidès
nous avons perdu non seulement un grand musicien, mais un
homme à l’écoute de son temps doté d’un sens de l’amitié sans
limite. Il restera dans nos cœurs, sa musique dans nos esprits,
ou peut-être l’inverse, tel est le destin des créateurs qui ont
su toucher les hommes aussi bien par leur œuvre que par leur
personnalité. »
Claude Parent
L’architecte Claude Parent nous a quittés le 27 février.
François Chaslin, correspondant de l’Académie lui
rend hommage. Extrait de ce texte initialement paru
dans
Arquitectura Viva.
Jean Prodromidès
Notre confrère le compositeur Jean Prodromidès nous a
quittés le 17 mars dernier, dans sa 89
e
année.
Laurent Petitgirard, membre de la section de Composition
musicale, lui rend hommage.
Photo Brigitte Eymann
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