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été colonisé par des Roms, qui ne voulaient plus le quitter. Mais la
Région Ile-de-France a réussi à le reconquérir, à le faire nettoyer
et à le dépolluer, et récemment, autour de l’idée d’agriculture
urbaine, s’y est créée une ferme pédagogique qui accueille des
enfants, et des jardins potagers.
Tout ce patrimoine jardiniste, forestier, architectural, avec des
bâtiments plus ou moins connus, des lieux industriels comme la
chocolaterie Noisiel de Marne-la-Vallée ou le magnifique port de
Gennevilliers, ne demande qu’à être révélé. D’autant que, outre
les services gérant l’environnement et les paysages de la région
IDF, il existe des équipes locales qui réfléchissent aux enjeux et
aux moyens. À cet égard, il est pertinent de mobiliser autour de
ces lieux-là des artistes ou des écrivains qui les investissent pour
créer leurs œuvres ou y résider.
N.E. : Toutes ces actions sont-elles en voie d’être appliquées ?
J-P.L.D. : Là c’est plus compliqué...Il faut d’abord que le personnel
politique soit sensibilisé, et ce n’est pas toujours facile en raison
des conflits qui le traversent. Bon, la métropole du Grand Paris
se met en place : j’espère, même si elle n’a pas encore la bonne
échelle (celle de la totalité de la mégapole parisienne) et même
si elle ne dispose aujourd’hui que de moyens très limités, qu’elle
constituera l’embryon d’une instance décisionnaire capable de
s’emparer de l’ensemble des problématiques, y compris paysagères,
du Grand Paris et de s’en donner les moyens. Il faut espérer
que ce patrimoine paysager de grande qualité et très diversifié
pourra d’une part être révélé, tant aux habitants qu’aux touristes
qui ne visitent aujourd’hui que Paris intra-muros, et d’autre
part être fertilisé dans tous les sens du terme : par l’agriculture
urbaine ; par la lutte contre le réchauffement climatique grâce à
la transformation en boulevards des voies rapides pénétrantes qui
balafrent le Grand Paris et grâce à la constitution d’une ceinture
verte ; par la biodiversité qui pourra s’y développer grâce au recul
de l’agriculture intensive dans le bassin parisien ; et même par la
mixité sociale, si on arrive à attirer les classes moyennes dans des
secteurs aujourd’hui peu prisés, en construisant un habitat de
qualité aux abords des parcs et jardins existants ou créés. Avec
notre équipe, je soutiens par exemple que l’immense et très beau
Parc de la Courneuve pourrait être entouré d’immeubles de bon
standing, qui accueilleraient une population plus aisée que celle
des « cités » voisines, ce qui rééquilibrerait socialement cette partie
de Seine-Saint-Denis qui en a bien besoin. Il existe actuellement
une occasion de désenclaver ce parc cerné par une autoroute et
une route à quatre voies, et d’y faire venir une autre catégorie
sociale...mais le souci est que certaines municipalités voient d’un
mauvais œil l’arrivée de « bobos » qui ne voteront plus pour eux.
Ceci alors qu’à l’ouest, dans les villes riches des Hauts-de-Seine,
c’est l’inverse ou plutôt la même chose : les municipalités ne
veulent pas de mixité sociale car cela risque de déstabiliser leur
électorat. Bref rien n’est simple, mais l’enjeu est passionnant.
Le Grand Paris,
un patrimoine
paysager
de qualité
Entretien avec
Jean-Pierre Le Dantec
, ingénieur, architecte et écrivain,
directeur de l’École d’architecture de Paris-La Villette de 2001 à 2006.
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