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ils cherchèrent à mettre au point des substances accélératrices
leur permettant de réduire à moins de quelques dixièmes de
seconde le temps de pose de leurs daguerréotypes. L'effet fut
parfaitement réussi ; la fumée s'échappant du bateau fut repro-
duite jusqu'à la dernière volute. Les photographes créèrent de
nouvelles images d'un paysage saisi dans sa transformation même.
Les travaux du normand Auguste Autin (1809-1889 visèrent
à reproduire les variations du ciel marin, toujours changeant.
Membre de la Société française de photographie, il envoya à
l'association son Coucher de soleil pris en octobre 1861 à 5h du
soir afin de montrer sa dextérité. La précision de l'heure et de la
saison permettait de valoriser l'exploit technique accompli mais
aussi, en donnant une référence, de souligner que le paysage ici
reproduit était différent de celui qu'il fut à la minute qui précédait
comme de celui qui aurait suivi immédiatement la prise de vue.
La photographie introduisait un nouveau rapport au temps
liant durée et représentation ; elle ouvrait sur l'idée de série. Il
est probable que le jeune Claude Monet, élevé au Havre, vit les
épreuves d'Autin. Les frêles silhouettes poussées par le vent qu'il
peignit en 1866 dans une toile représentant la jetée de sa ville
natale évoquaient les ombres un peu floues des promeneurs
qu'Autin avait photographiés sur le ponton du même port.
Inventée au cours du premier tiers du xix
e
siècle, la photographie
fut contemporaine de l'importance accrue des villes, de leurs
transformations. Le paysage, naturel, devint aussi, au milieu
du siècle, urbain. Paris constitua ainsi un sujet choisi pour les
photographes. Les jeunes peintres furent sensibles aux transfor-
mations de Paris, photographiées par Charles Marville à partir
de 1857. La Ville de Paris lui avait demandé de reproduire les
rues et les maisons qui allaient être détruits comme les nouveaux
boulevards, rues et places ouverts par Haussmann et Alphand.
Si Charles Baudelaire et le graveur Méryon eurent la nostalgie
d'un Paris médiéval, noir, secret, Claude Monet, Édouard Manet,
Armand Guillaumin, Gustave Caillebotte firent de ce Paris
nouveau les sujets de leurs œuvres. Caillebotte transforma ces
longues échappées de bitume qui traversaient la ville en un
spectacle que les habitants regardaient de leurs balcons, tous
alignés, strictement parallèles à la rue.
Ce texte est consécutif au colloque qui s'est tenu le 15 décembre dernier à
l'Institut de France, organisé par Bernard Perrine, que l'auteur remercie vivement.
Dominique de Font-Réaulx a publié en 2012, chez Flammarion,
Peinture et
photographie, les enjeux d’une rencontre, 1839-1914.
1) Gustave Le Gray, « Photographie, traité nouveau, théorique et pratique », Paris,
1852, p. 1-3, cité par André Rouillé,
La Photographie en France, une anthologie,
1816-1871
, Paris, Macula, 1989, p. 98-99.
2) Champfleury,
Le réalisme
, cité par Philippe Ortel, « Réalisme photographique,
réalisme littéraire, un nouveau cadre de référence » in
Jardins d'hiver
, Paris,
Presses de l'École normale supérieure, 1997, p.72-74. L’auteur, écrivant en
1857, employait ici encore la référence au daguerréotype, pourtant alors
quasi supplanté par la photographie sur papier. Avait-il encore en tête la seule
plaque daguerrienne – par opposition alors à l’épreuve héliographique ou au
collodion – ou employait-il ici, comme encore beaucoup de ses contemporains,
le terme « daguerréotype » comme générique de la photographie ? Cette
hypothèse nous semble ici à privilégier.
Tout part de
Entretien avec
Nils-Udo
, peintre, photographe, à l’origine du
Nils-Udo :
Ci-dessus :
Radeau d'automne 1
, vallée de la Creuse 2012, branches de
châtaigniers écorcées, troncs de sapin Douglas, diasec, 124 x 160 cm.
Courtesy galerie Claire Gastaud
À droite :
1193/13
, 2013, huile sur toile, 100 x 160 cm.
Courtesy galerie Pierre-Alain Challier
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