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de la lumière, son attention méticuleuse au traitement du négatif
comme des tirages, donnaient une importance nouvelle à l'écorce,
au feuillage, au sous-bois. Motif, l'arbre devenait, grâce à son
talent, sujet. Les photographies de Le Gray, exposées à plusieurs
reprises à la fin des années 1850, contribuèrent à forger d'autres
modèles, utilisés par les peintres. Le Chêne de Flagey de Gustave
Courbet (Ornans, musée Gustave Courbet), puis Le Chêne de
Bodmer de Claude Monet (New York, The Metropolitan Museum
of Art) puisèrent à l'inspiration de Le Gray, tant dans le choix du
sujet que pour son traitement.
Le postulat artistique de la photographie de paysage dérangea.
Nombreuses furent les voix pour souligner les différences entre
représentations picturales et photographiques du paysage.
Pourtant membre fondateur de la Société héliographique en 1851,
Champfleury souligna l'incapacité, à ses yeux, de la photographie
à offrir une vision singulière et unique : « Dix daguerréotypeurs
sont réunis dans la campagne et soumettent la nature à l'action de
la lumière. À côté d'eux, dix élèves en paysage copient également
le même site. L'opération chimique terminée, les dix plaques sont
comparées : elles rendent exactement le paysage sans aucune
variation entre elles. Au contraire, après deux ou trois heures de
travail, les dix élèves (...) étalent leurs esquisses les unes à côté des
autres. Pas une ne se ressemble. »
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Les nouveaux usages du littoral marin, tant industriels que
touristiques, modifièrent profondément le regard porté sur la
mer et participèrent au renouvellement de sa représentation,
où les enjeux esthétiques de la peinture et de la photographie se
mêlèrent étroitement. La « marine », au milieu du xix
e
siècle,
puisait à deux traditions : la peinture hollandaise du xvii
e
siècle
et la vision romantique. L'emphase de la tempête, la crainte
du naufrage, le désespoir des marins attisaient, grâce à leurs
représentations peintes, cette « terreur délicieuse » chère à Denis
Diderot. Cette exaltation romantique se nuançait aussi d'observa-
tions scientifiques ; Baudelaire lui-même fut séduit par les études
de ciels réalisées sur le vif par Eugène Boudin à Honfleur ou à
Trouville et frappé de leur justesse météorologique.
Les représentations photographiques jouèrent un rôle essentiel
dans la conception de cette attention nouvelle à la fugacité de
l'instant atmosphérique. La nécessité qu'eurent les photographes
à triompher des éléments techniques, l'obligation qu'il leur était
faite de composer avec les éléments existants, contribuèrent, à
rebours, à attirer l'attention sur ce qu'ils voulaient faire oublier.
Reproduisant le port du Havre en 1851, les frères Macaire avaient
à cœur de donner un tableau vrai de l'activité maritime ; afin de
rendre jusqu'à la vapeur des grands navires quittant leur môle,
ographiés
nts, paysages phot
rice du Musée national Eugène-Delacroix
1...,15,16,17,18,19,20,21,22,23,24 26,27,28,29,30,31,32,33,34,35,...40
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