lettre81 - page 23

|
23
Le Cœur de Voh, photographie prise par
Yann Arthus-Bertrand en 1990, sur les
recommandations de son pilote, est devenue emblématique pour
la photographie et pour le photographe.
Cette petite clairière du marais de la mangrove en Nouvelle
Calédonie, sans attrait particulier, mais ciselée par la lumière
solaire, est devenue le paysage le plus connu du monde.
Mais pour le photographe, le projet « La terre vue du ciel »
devait avoir une autre portée, celle de réaliser un véritable état
des lieux de la planète à l'orée du xxi
e
siècle.
« L’an 2000 arrivait et je voulais m’atteler à un grand projet, de
longue haleine. Depuis les lions, la nature restait au centre de
mes préoccupations, j’étais moins engagé dans le développement
durable qu’aujourd’hui, mais plus dans la protection et la
préservation des beaux sites. Et je me suis rendu compte sur le
terrain qu’on ne pouvait, en fait, pas dissocier l’homme de son
paysage. J’ai acquis peu à peu la conviction que l’adhésion aux
thèses du développement durable était l’axe de développement
raisonné à défendre. »
En effet, que peut représenter la notion académique de paysage
pour quelqu'un, de surcroît photographe, qui a arpenté les
vastes espaces de Mongolie ou qui a vécu et étudié la vie de
Sapience, Aurore ou Jouvence, les fières lionnes de la réserve du
Masaî Mara au Kenya ?
Ici, le paysage devient territoire, surtout quand il est observé
depuis une montgolfière. Un survol merveilleux qui préludera
au destin et à la découverte d'un autre territoire plus
immense : la terre.
Il mène à voir le monde d'une manière différente, dès les
années 80, dans des temps où Google n'existait pas encore.
Contrairement à Google qui gomme volontairement toute trace
humaine, vu du ciel, « je me suis rendu compte que l'homme fait
partie intégrante du paysage. Je n'ai pas de vision du paysage
car, pour moi, le paysage c'est la vie qui m'entoure. Je comprends
ce que renferme la notion de paysage mais je ne suis pas un
contemplatif. Je comprends le peintre qui peut rester longtemps
sur le motif, mais la photographie va trop vite, elle ne nécessite
pas de rester longtemps à la même place. Je ne me considère
pas comme un photographe de paysage au sens que l'on donne
à ce terme. Pour moi, la terre est comme un portrait de ce que
j'aime, et je suis attaché à la terre dont je fais partie. Par contre,
je choisis « le vivre » autour de moi, car la laideur est partout et
elle nous agresse ».
Yann Arthus-Bertrand,
Cœur de Voh
, 1990,
Nouvelle-Calédonie, France (20°56'S - 164°39'E).
doss i er
1...,13,14,15,16,17,18,19,20,21,22 24,25,26,27,28,29,30,31,32,33,...40
Powered by FlippingBook