lettre81 - page 21

|
21
mutation accélérée de nos paysages. Le rapport au naturel y est
de plus en plus contaminé par un urbanisme galopant et rampant.
Parallèlement, la volonté d’accompagner l’évolution de nos cités
et de leurs abords par un renouvellement de la vision urbaine
contribue à une transformation radicale tant socio-économique
que perceptive. Après-guerre, les grands développements urba-
nistiques et architecturaux, qui ont bénéficié des utopies des
avant-gardes et des conceptions modernistes, ont permis la
construction des villes nouvelles. À partir des années 80 et 90, ils
se sont propagés dans les territoires des pays émergents jusqu’à
faire apparaître de nouvelles conceptions urbaines utopistes,
telles que celles concrétisées aujourd’hui au Moyen-Orient où
fleurissent des villes au milieu du désert et où l’homme apporte
toutes les solutions techniques, mais aussi philosophiques,
autorisant voire légitimant leur construction. À l’orée du xxi
e
siècle, cette propension inaugure de nouvelles visions urbaines
façonnées moins par le territoire où elles se déploient que grâce à
la vision progressiste et utopique de l’homme.
L’ampleur du courant a permis l’apparition d’artistes majeurs
allant jusqu’à réactiver le « style documentaire »
7
et à mettre en
place ce que Michel Poivert a qualifié récemment « d’utopie docu-
mentaire »
8
. Pour autant ces stratégies documentaires, qu’elles
obéissent à une exigence critique ou qu’elles s’orientent vers une
réactivation de la subjectivité, ont volontairement favorisé des
approches artistiques dépassant le principe d’objectivation pour
offrir une perception élargie du paysage.
1) La notion d’objectivité est relative (voire inopérante) puisqu’elle passe par la
perception individuelle liée elle-même à la subjectivité du regard et l’histoire
culturelle de chacun (cf., par exemple, aux ouvrages d’Anne Cauquelin).
2) Cf.
New Topographics
, réédition enrichie, Steidl, Göttingen, 2009.
3 Cf. p. 140,
La Photographie contemporaine
, Michel Poivert,
Éditions Flammarion, Paris, 2010.
4) Itinéraires photographiques : méthode de l’observatoire photographique
du paysage, cf. introduction. Document édité en 2008 par la Direction
générale de l’aménagement, du logement et de la nature, Direction de
l’habitat, de l’urbanisme et des paysages, sous la Direction de la qualité du
cadre de vie, Bureau des paysages et de l’aménagement extérieur (publication
en ligne :
photographiques-du.html).
5) La Datar s’est développée de 1983 à 1989, successivement sous la
responsabilité de Bernard Attali, Jacques Sallois, Jean-François Carrez,
délégués à l’Aménagement du territoire. Elle a été conçue et dirigée par
Bernard Latarget, ingénieur du génie civil, et sous la direction artistique et
technique de François Hers. Le « label » existe toujours et s’applique sans
nécessairement être lié à des commandes à des initiatives photographiques.
6) Cf in
Paysage Cosa mentale
, chapitre 2 « La dimension critique ».
Éditions Loco, Paris 2013.
7) Cf in
Paysage Cosa mentale
, chapitre 1 « le paysage document ».
Éditions Loco, Paris, 2013.
8) Cf. p. 140,
La Photographie contemporaine
, Michel Poivert,
Éditions Flammarion, Paris, 2010.
1...,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20 22,23,24,25,26,27,28,29,30,31,...40
Powered by FlippingBook