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petites toiles dépouillées et spontanées, brossées dans des tons
chauds qui se laissent parfois confondre avec celles de Corot, à ses
côtés devant les mêmes sites, et qui contrastent avec sa peinture
encore convenue pour répondre au protocole esthétique. Comme
à chaque concours, beaucoup de candidats, huit sont retenus
parmi lesquels Jean-Baptiste Gibert (1803-1889) qui obtient le
second prix, avant d’obtenir le premier Prix en 1829 avec La mort
d’Adonis. Sont montés également en loge, Brascassat sélectionné,
Roqueplan, Ricois pionniers du paysage naturaliste.
Alors que Barbizon devient le rendez-vous d’une jeunesse avide
de pleinairisme, le Grand Prix est décerné en 1833 à Etienne-
Gabriel Prieur (1806-1879) avec Ulysse et Nausicaa. L’élève le
plus fidèle de Jean Victor Bertin (1767-1842) dans l’héritage
immédiat de Valenciennes, et dont la réputation de l’atelier le
fait fréquenter par deux générations de peintres à vocation de
paysagiste. Bertin travaille en plein air en Normandie, en forêt de
Fontainebleau. Prieur s’installera à Barbizon à son retour d’Italie,
peignant dans un naturalisme rustique proche de Jules Dupré.
Autre lauréat qui va se tourner vers la peinture de plein air après
son prix obtenu en 1837, Ferdinand Buttura (1812-1852). Elève de
J.V. Bertin, il retrouve Bodinier, Edouard Bertin, Caruelle d’Aligny
qui encouragera Corot à pratiquer le dessin d’après nature. Prix de
Rome ou pas, tous évoluent de la notion « d’étude en plein air » à
celle de « peinture en plein air ».
En regard des prix décernés en 1841, à Félix-Hippolyte Lanoüe
(1812-1872) avec Adam et Eve chassés du paradis terrestre (premier
sujet religieux) formé chez J.V. Bertin, et en 1845 à Jean Achille
Bénouville, Ulysse et Nausicaa - l’artiste recourt aux procédés
classiques pour un paysage historique composé, alors qu’il innove
en modulant ses tons et développe des qualités de luministe aux
côtés de Corot en Italie -, l’observance académique perdure.
Les derniers prix maintiennent ce qui fut novateur pour fonder
une tradition. Double prix en 1849 pour Charles-Joseph Lecointe
(1824-1886) et Alfred de Curzon (1820-1895) avec La Mort
de Milon de Crotone et Jean-François Bernard (1829-1894) en
1854 avec Lycidas et Méris, qui délaissera une facture classique
pour s’attacher au paysage pur après son séjour en Italie, déjà
ils appartiennent à une autre génération. Jules Didier en 1857
avec Jésus et la Samaritaine et Paul-Albert Girard dernier prix
décerné en 1861 avec La Marche de Silène, clôturent un chapitre
de l’histoire du paysage.
Naturalisme et réalisme sont engagés sur un sillon creusé pour
une émancipation à l’unisson d’une individualité qui désormais
se revendique.
Jules Didier,
Jésus et la Samaritaine,
1857, huile sur toile.
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris © Beaux-arts de Paris.
Dist. Rmn Grand Palais / Thierry Ollivier
de Rome
historique
Le Grand Prix
du Paysage
Par
Lydia Harambourg
, historienne de l'art,
correspondant de l’Académie des Beaux-Arts
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