La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 8

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L
’apport des nouvelles technologies
et de la recherche scientifique à la
connaissance de la matière de l’œuvre
d’art ou du monument remonte à la
deuxième moitié du xiv
e
siècle, à Louis
Pasteur notamment, qui sut associer
son goût pour la peinture et ses connais-
sances scientifiques, à Eugène Chevreul
encore, dont la théorie de la couleur
inspira Seurat, à Konrad Rœntgen,
qui mit sa découverte des rayons X
en application sur des tableaux et des
objets archéologiques, et aux fondateurs
des laboratoires dont se dotèrent un
peu plus tard de grandes institutions
muséales telles que le Musée de Berlin
en 1888, le British Museum en 1916 ou la Pinacothèque de Munich
en 1924. En France, c’est le Musée du Louvre qui, le premier,
en 1931, ouvre un laboratoire, devenu depuis le Laboratoire de
recherche des musées de France, aujourd’hui département du
Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. Il
sera suivi, en 1964, par la création du Centre de recherche sur la
conservation des documents graphiques, et en 1970 par l’ouverture
du Laboratoire de recherche des monuments historiques.
Observations et analyses des matériaux anciens
Les premiers outils développés ont été ceux de l’observation :
radiographies, qui révèlent les couches sous-jacentes ou les
repentirs pour les peintures, les modes d’assemblages pour les
sculptures, observations microscopiques ou macroscopiques sous
divers éclairages (lumière rasante, fluorescence ultraviolette), qui
révèlent des altérations de la couche picturale ou des repeints. Ces
outils ont été suivis des techniques de réflectographie infrarouge,
qui mettent en évidence les dessins sous-jacents. À ces méthodes
d’observation se sont ajoutées toutes les techniques analytiques,
depuis les tests microchimiques jusqu’aux accélérateurs de parti-
cules et au rayonnement synchrotron, en passant par le micros-
cope électronique à balayage ou encore toutes les méthodes
chromatographiques, qui permettent l’analyse fine de la plupart
des matériaux minéraux ou organiques entrant dans la composi-
tion des œuvres étudiées : identification de pigments et de liants
de couches picturales, composition des émaux médiévaux ou des
verres des vitraux, des glaçures des céramiques antiques, et bien
d’autres encore. Les méthodes de datation absolue sont venues
par la suite renforcer l’arsenal de la connaissance : thermolumi-
nescence pour la datation des céramiques, carbone 14 pour les
matériaux organiques et ceux contenant cet élément, dendrochro-
nologie pour les bois, etc.
Recherche en conservation et en restauration
Mais si la connaissance scientifique de l’œuvre d’art est rapi-
dement devenue une nécessité, l’idée que la conservation et la
restauration devaient se fonder à la fois sur les mêmes principes
de rigueur scientifique et sur les mêmes investigations est plus
jeune. En effet la restauration n’a véritablement acquis ses titres
de noblesse et ses fondements scientifiques qu’avec les théoriciens
comme Cesare Brandi
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et Paul Philippot
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, dans les années 1960,
qui ont formalisé les exigences fondamentales de la restauration
« moderne » : stabilité, lisibilité, réversibilité.
Le rôle des institutions de recherche du Ministère de la Culture et
de la communication dédiées à la conservation du patrimoine est
d’apporter au conservateur et au restaurateur une aide efficace au
diagnostic et à la prescription. Quelles sont les altérations subies
par l’objet étudié au cours des siècles du fait du temps, de l’envi-
ronnement ou de l’homme lui-même ? Quelle est l’origine des
dégradations observées, encrassement, écaillage de surface, pulvé-
rulences de la matière ? Comment nettoyer, consolider, protéger,
présenter, stocker dans de bonnes conditions ? Ce soutien scien-
tifique suppose à la fois la connaissance la plus fine possible des
mécanismes d’altération et la meilleure maîtrise des méthodes,
outils et produits utilisés dans cette opération que l’on nomme
communément aujourd’hui la « conservation-restauration ».
La recherche et la restauration au C2RMF
Le C2RMF est un service à compétence nationale du ministère de
la culture et de la communication qui a pour mission de mettre en
œuvre, en liaison avec les conservateurs responsables des collec-
tions, la politique du service des musées de France de la direction
générale des patrimoines en matière de recherche, de conser-
vation préventive et de restauration des collections des musées
de France. Le C2RMF met à la disposition des responsables des
collections des musées un laboratoire d’examens et d'analyses, des
ateliers de restauration, un département de conservation préven-
tive et un département d’archives et nouvelles technologies de
l’information, dans l’enceinte du palais du Louvre et à Versailles,
à la Petite Écurie du Roi.
Une équipe pluridisciplinaire de 150 personnes œuvre à la
connaissance et la préservation des matériaux du patrimoine.
Elle comprend de très nombreux profils professionnels : conser-
vateurs, restaurateurs, documentalistes, physiciens, chimistes,
géologues, ainsi que des photographes, radiologues et informati-
ciens. Les thématiques de recherche portent sur la connaissance
des matériaux anciens, des procédés de fabrication et de mise en
œuvre des objets patrimoniaux, leur datation, la compréhension
des phénomènes d’altération qu’ils subissent dans l’environne-
ment, le développement de méthodes expérimentales, ainsi que
sur l’évaluation ou la mise au point de techniques et méthodes de
conservation et de restauration.
Tous les types d’objets, œuvres d’art ancien ou contemporain,
objets archéologiques, ethnologiques, industriels, ou spécimens
relevant de l'histoire naturelle peuvent être étudiés et restaurés
au C2RMF. Le département Recherche propose de nombreuses
À gauche : capture d'image en infrarouge en studio de prise de vue,
Sainte Anne, la Vierge et l'enfant jouant avec un agneau,
Léonard de Vinci (1452-1519),
Paris, Musée du Louvre. © C2RMF / Vanessa Fournier
À droite : analyse élémentaire par fluorescence X de
La Belle Ferronnière
,
Léonard de Vinci, 1495-1497, Paris, Musée du Louvre. © C2RMF / Philippe Dureuil
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