La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 38

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ne exposition que le photographe avait en quelque sorte
initiée avant sa disparition en confiant sa réalisation à
François Hébel. C'est donc ce dernier qui en assure avec Christian
Lacroix le commissariat et la direction artistique en collaboration
avec l'Atelier Lucien Clergue.
Une plongée dans des archives, que Lucien Clergue évaluait à
quelque 800 000 négatifs et inversibles, fit rapidement émerger
sept albums de travail qui résument la « fulgurance » de l'œuvre,
selon les termes des deux commissaires, et qui s'imposèrent d'em-
blée comme structuration de l'hommage. Mais, en plaçant le nu
en référence, Lucien Clergue, inénarrable conteur, avait quelque
peu éclipsé une partie de son œuvre qu'il importait ici de replacer
dans sa dimension originelle et poétique. Une de ses premières
publications n'avait-elle pas pour titre Poesie der Photographie ?
Déclinée en huit parties et annexes, l'exposition met en espace
cette fulgurance de la création à travers ces albums des premières
années qui s'arrêtent en 1956. Les quelque 400 tirages, de
nombreux documents, des planches de contacts et des films
tentent également de contextualiser la genèse de la création et
révèlent la place unique du photographe dans la reconnaissance
de la photographie en France.
L'exposition ouvre dans l'environnement de la fin de la guerre.
La maison de l'enfance anéantie, les ruines, la mort de la mère
engendreront peut-être les premières séries, les décombres, les
cimetières, les charognes, les animaux morts ou les saltimbanques
et les arlequins, théâtre dans lequel on peut le découvrir à travers
ce petit violoniste qu'il ne sera jamais.
La série suivante évoque les grandes rencontres avec Picasso,
Cocteau, ou Saint-John Perse, rencontres où il sut, là comme
ailleurs, se placer sur le fil du hasard. On retrouve ensuite les vastes
ensembles sur les gitans, le taureau et son drame qui fut aussi le
titre du film sélectionné pour le Festival de Cannes en 1968.
Élaborés également dans les premières années, les premiers nus,
nés de la vague, comme le titre de son premier ouvrage, viennent
renouveler une vision standardisée du genre. Comme on peut le
lire dans nombre de déclarations, ils viennent aussi, un peu, en
contrepoint de tous les environnements mortifères qui ont baigné
son enfance et sa proche adolescence.
L'immense Camargue où il repose, avec ses plages et les tour-
billons de ses vents, a façonné un langage que seul le poète dans
sa solitude a su décrypter. Avant de le transformer en doctorat de
photographie devant Roland Barthes en 1979.
Dans la dernière partie, sur les cent mètres de la paroi, à droite
en sortie de l'exposition, les commissaires ont choisi de montrer
une série peu connue qu'ils ont dénommée « Contrastes ».
Elle regroupe 198 tirages, en grande majorité au format 50 x
60 cm : formes, roseaux, vignes, en contrejour et se reflétant dans
les vastes étendues liquides de la Camargue.
Comme des haltes rythmant le parcours, les films sont là pour
rappeler que dans ce domaine aussi Lucien Clergue a su créer
et innover. Quant à la dimension de l'Homme qui a contribué à
donner à la France ses lettres de noblesse en matière de photogra-
phie et qui fut le premier photographe à être élu à l'Académie des
Beaux-Arts, on la retrouve à travers les interviews et projections
qui jalonnent le parcours de l'exposition.
Bernard Perrine
, correspondant de l'Académie des Beaux-Arts
Rétrospective Lucien Clergue, les premiers albums
Grand Palais, jusqu'au 15 février 2016
LUCIEN CLERGUE
la fulgurance
des premiers albums
Du 14 novembre 2015 au 15 février 2016, les galeries nationales du
Grand Palais exposent les premiers albums de Lucien Clergue.
expos i t ion
Ci-contre : Lucien Clergue,
Petite fille dansant
, 1955,
Les-Saintes-Marie-de-la mer
avec Manitas de Plata et
José Reyes.
© Lucien Clergue
1...,28,29,30,31,32,33,34,35,36,37 39,40
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