La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 37

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Signées Le Nain, Philippe de Champaigne, Chardin, Greuze,
Corot, Daumier, Millet, Manet, Cézanne, Monet, Morisot,
Renoir, Bastien-Lepage, Pelez, Bonnard, Vallotton, Maurice
Denis, Matisse, Picasso, Chaissac, Dubuffet… près de
soixante-quinze œuvres provenant de collections particu-
lières et de prestigieux musées français et étrangers sont
réunies au Musée Marmottan Monet.
L
’une des pièces majeures du Musée de Cluny, La présentation
au temple attribuée à André Beauneveu et Jean de Liège,
ouvre l’exposition et illustre la prépondérance de la représentation
de l’enfant-Dieu dans l’iconographie jusqu’à la fin du Moyen
Âge. La figure de l’enfant-Roi apparaît ensuite. Des portraits de
souverains enfants, prêts du Palazzo Pitti de Florence, des musées
de Hambourg, du Louvre et du Château de Versailles, composent
un ensemble d’exception.
Si les deux fils d’Anne d’Autriche, Louis XIV et son frère Philippe
de France, portent, dans le portrait qui les représente avec leur
mère régente, la robe de l’enfance – vêtement dont on affuble
indistinctement les garçons et les filles jusqu’à l’âge de cinq ans –,
ce sont les attributs du pouvoir qui se donnent généralement à
voir. Dès le plus jeune âge, les portraits de Louis XIV s’inscrivent
dans un cadre officiel et protocolaire. L’enfant disparaît sous le
manteau d’hermine. Héritier de droit divin, il incarne la continuité
dynastique. La pérennité familiale est également au cœur des
préoccupations de l’aristocratie comme l’illustre le chef-d’œuvre
de Philippe de Champaigne La famille de Habert de Montmor,
trésor du château de Sully-sur-Loire et présenté pour la première
fois dans une exposition temporaire. Face à lui, une suite de
tableaux des frères Le Nain montre des enfants humbles, petits
paysans dont les activités sont le prétexte à des scènes de genre
plus pittoresques que réalistes.
Avec les Lumières, s’ouvre un âge nouveau. L’enfant est au centre
de préoccupations politiques, morales et sociales. Un écorché
grandeur nature représentant une femme enceinte avec fœtus,
œuvre spectaculaire de Jacques-Fabien Gautier Dagoty, illustre
les progrès de la médecine à la fin du xviii
e
siècle et la volonté de
lutter contre la mortalité infantile. Sous l’impulsion rousseauiste,
l’allaitement maternel se répand et les aristocrates se font portrai-
turer donnant le sein. Un attachement nouveau s’exprime.
C’est le « triomphe du sentiment familial » que symbolisent
ces portraits où père et mère enlacent leurs enfants. Considéré
comme un être à part entière, l’enfant est dorénavant un sujet
de peinture. On le représente désormais seul, pour ce qu’il
est. Chardin le fait jouer au toton, Girodet étudier, Greuze le
montre rêveur…
Au xix
e
siècle, la représentation de l’enfant gagne ses lettres de
noblesse. Millet, le réaliste, consacre aux soins des plus jeunes des
peintures qui telles La becquée, La précaution maternelle et La
leçon de tricot deviennent des icônes de la France rurale. D’autres
artistes témoignent de l’enfance urbaine et défavorisée.
Du 10 mars au 3 juillet |
Page de gauche : Jean-François Millet,
La Précaution maternelle
,
vers 1855-1857, huile sur toile, 29 x 20 cm. Legs Thomy Thiéry, 1902.
Paris, Musée du Louvre, Département des Peintures.
Photo © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec
En haut : Pierre-Auguste Renoir,
Portrait d’enfants (les enfants de Martial
Caillebotte, Jean et Geneviève)
, 1895, huile sur toile, 65 x 82 cm.
Collection particulière. Photo © David Cueco
expos i t ion
Musée Marmottan Monet
“L’ART ET L’ENFANT”
CHEFS-D’ŒUVRE DE LA
PEINTURE FRANÇAISE
1...,27,28,29,30,31,32,33,34,35,36 38,39,40
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