La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 31

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1929) jusqu’à un matériau exposé, porté par l’esthétique du bruta-
lisme architectural qui sera l’expression de la deuxième moitié du
xx
e
siècle. Cette philosophie est aujourd’hui remise en cause par
les politiques de développement durable qui imposent la création
d’enveloppes isolantes, masquant à nouveau le béton armé.
Le béton, un matériau divers
Le béton, matériau complexe, assemblage d’une armature métal-
lique résistant à la traction et d’un ouvrage de maçonnerie de
mortier de ciment et d’agrégats résistant à la compression, est
divers : matériau d’ossature ou de façade préfabriquée pour
l’Unesco de Bernard Zehrfuss en 1958, béton expérimental
d’Hennebique, voile mince de l’ingénieur constructeur Freyssinet,
chantier de recherche de Le Corbusier inventant, avec l’entreprise
Summer, l’architecture puriste. L’étude de ce matériau, dépassant
les méthodologies mises au point par les architectes restaurateurs,
doit s’adapter à la spécificité du matériau et au cas particulier que
représente chaque édifice.
Les progrès les plus récents développés dans l’analyse du maté-
riau, l’identification des pathologies et la mise au point des tech-
nologies de reprise permettent dorénavant une gestion nouvelle
adaptée à chaque monument.
La restauration du béton armé, inventée pour la rénovation d’ou-
vrages d’art, est désormais confiée au monde des restaurateurs,
mobilisant laboratoires, chercheurs et entreprises, au côté des
architectes. Il leur faut identifier les procédés techniques respec-
tant l’éthique de la restauration, qui depuis la charte de Venise de
1964, privilégie le respect de l’authenticité, le caractère limité de
l’intervention au profit d’une démarche de conservation.
Le béton, un matériau poreux
Le béton armé, rêvé par ses inventeurs au xix
e
siècle pour se
substituer à la construction métallique, a été initialement perçu
comme un matériau inaltérable. Les études physicochimiques
mettent en évidence un matériau poreux, sensible aux échanges,
dont la fragilité résulte de la qualité de sa mise en œuvre et de
son exposition.
Désormais, les bétons ne font plus l’objet de simples réparations
à la résine non pérennes, mais de traitements physicochimiques
complexes qui corrigent le vieillissement inéluctable du matériau
pour stopper la corrosion de l’armature. L’expérience a démontré
que les applications d’inhibiteur de corrosion ou les procédures
de réalcanisation, démarches aujourd’hui maîtrisées, demeures
soumises à l’expérience du chantier et à la nature exacte du
béton, imposant des essais préalables et des contrôles d’efficacité.
Le contexte environnemental impacte la structure du béton.
Un milieu pollué (atmosphère marine, sols pollués) engage des
échanges ioniques de sulfates ou de chlorures qu’il importe
de maîtriser. L’église Saint-Jacques le Majeur à Montrouge fut
construite par Eric Bagge en 1935 sur le site d’une ancienne
tannerie, milieu polluant affectant les fondations et les piles
supports de l’édifice. Des nouveaux systèmes d’anodes sacri-
ficielles permettent par application de champs électriques,
d’orienter la réaction physicochimique.
Paradoxalement, les études de pathologie confirment que l’intui-
tion des architectes du début du xx
e
siècle concevant un béton
masqué derrière un revêtement (enduit plâtre de Cimentaline à
la maison La Roche de Le Corbusier en 1925 ou peinture pour
l’usine Mame à Tours de Bernard Zehrfuss en 1950, colorisation
confiée au peintre Pillet, fidèle au rêve de l’œuvre d’art totale
portée par le Groupe Espace) assure sa durabilité.
Assemblage de matériaux, ciment, sable et agrégats, la matrice
du béton peut receler des substances réactives que décèle
C-contre : située à Bourg-la-Reine (92),
la maison de l'ingénieur- constructeur
François Hennebique (1842-1921),
construite entre 1901 et 1903, après
restauration par Pierre-Antoine Gatier,
ACMH. © Agence PA Gatier
Ci-dessous : conçues en 1950 par
les architectes Bernard Zehrfuss et
Jean Drieu La Rochelle, associés à
Jean Prouvé et Edgard Pillet,
les anciennes Imprimeries Mame de
Tours sont en cours de restauration.
Franklin Azzi, architecte mandataire,
PA Gatier ACMH co-traitant.
Photo Franklin Azzi Architecture
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