La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 3

|
3
S
a décapitation en place publique par les extrémistes de Daech
le 18 août 2015 a tragiquement accompagné la destruction
systématique de Palmyre, classée au patrimoine mondial de
l’humanité depuis 1980. De l’oasis de la reine Zénobie, qui fit
rayonner Palmyre en attirant les premiers chrétiens, des artistes,
des rhéteurs et des philosophes, Khaled Al-Asaad a été l’ancien
directeur engagé, passionné et l’explorateur infatigable pendant
quarante ans.
Né le 1er janvier 1934, à côté du temple de Bel, cet homme ouvert
à toutes les cultures, archéologue érudit, grande figure humaniste
au charisme éclairé, était respecté internationalement. Directeur
du site depuis 1963, puis expert à la Direction générale des anti-
quités de Syrie, il a consacré sa vie aux fouilles, à la restauration
et à la publication de l’histoire de Palmyre. Après sa retraite en
2003, il a aidé à évacuer vers Damas quelque 400 statues et bustes
antiques, portraits des défunts, secondé par son gendre, Khalil
Hariri, directeur du Musée de Palmyre et son épouse, la fille de
« M. Palmyre ».
Cette oasis en plein désert syrien remonte à l’ancienne Tadmor
qui fut construite, dit la Bible, par Salomon. Ce carrefour cara-
vanier de l’Orient du 1
er
siècle av. J.C. au II
e
siècle après J.C.
constitue le dernier rempart romain contre l’Empire perse des
Sassanides. Sur ce site où cohabitent les richesses archéologiques
de l’ancienne Mésopotamie, de l’antique Syrie araméenne, de la
Phénicie, de la Perse et de l’Arabie sont conservés des témoignages
pluri culturels et artistiques inestimables auxquels s’est consacré
le regretté archéologue.
Dès 1963 Khaled Al-Asaad accueille dans son hôtel de Zénobie au
cœur de la vieille ville de Palmyre de jeunes chercheurs venus du
monde entier pour travailler aux côtés de celui qui décrypte les
inscriptions des tombeaux en araméen, en grec ancien et traduit
les manuscrits rares conservés dans sa bibliothèque.
Sous son impulsion, des missions internationales partagent
l’expérience de ce savant ouvert et dévoué à la splendeur des
lieux. Récemment la guerre a précipité dans le chaos ce qui avait
été épargné par le temps et la sagesse des hommes. Refusant
de quitter Palmyre assaillie par les pillages dès 2011, Khaled
Al-Asaad a assisté à la disparition de l’antique cité jusqu’à son
arrestation en juillet 2015, avec son fils Walid, architecte.
Palmyre, auquel l’empereur Hadrien avait accordé en 139 le statut
de province romaine, n’est plus.
La palmeraie qui donnait son nom au joyau de la cité antique est
aujourd’hui doublement orpheline.
Arnaud d'Hauterives
,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts
En haut : Khaled Al-Asaad à côté d'une des nombreuses œuvres qu'il aura réussi à
préserver, à partir de 2003, en les évacuant vers Damas. Photo DR.
actua l i tés
La Lettre de l’Académie des Beaux-Arts
tient à
rendre un hommage solennel et ému
à l’archéologue syrien Khaled Al-Asaad.
HOMMAGE À
L’ARCHÉOLOGUE
KHALED AL-ASAAD
1,2 4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,...40
Powered by FlippingBook