La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 28

28
|
Car, contrairement aux idées reçues, martèle Anne Cartier-
Bresson, la poussière ne protège pas... : « Elle agit comme du
papier de verre, elle raye les émulsions photographiques, car
celles-ci sont molles, et elle provoque donc des microfissures que
l'on voit très bien sous loupe binoculaire ». Elle amène également
des altérations biologiques, physiques et chimiques qui mettent
les pollutions de l'air en contact avec l'image argentique en provo-
quant des oxydations et le développement de filaments mycéliens.
C'est pourquoi, si le dépoussiérage est le premier acte de restau-
ration curative et préventive, c'est une affaire de spécialiste qui ne
peut pas être pratiquée dans n'importe quelle condition.
La mise hors poussières est le b-a ba de la conservation des
photographies, elle s'appuie sur un reconditionnement (boîtes ou
pochettes) qui doit assurer une parfaite isolation.
L'étape suivante concernera le nettoyage qui est du ressort du
restaurateur car il implique d'aller plus en profondeur sur les
couches sensibles avec des méthodes sèches, humides avec ou
sans solvant, avec telle gomme plutôt que telle autre...
Jusqu'où peut-on aller ?
Comme les autres disciplines, le métier de restaurateur est
régenté par des codes éthiques et les chartes déontologiques. Cela
signifie que dans certains cas, on ne peut, on ne doit rien faire.
« Si une photographie historique est attaquée chimiquement,
déontologiquement parlant, le restaurateur ne peut pas intervenir
parce que la seule façon d'intervenir serait de modifier totale-
ment la structure de l'œuvre et cela est interdit en restauration.
L'altération chimique est irréversible... Un photographe pourrait
proposer de faire un « refixage » ou un redéveloppement, mais
l'œuvre serait totalement changée, c'est-à-dire que, dans ce cas, on
détruirait un aspect historique d'une œuvre historique ».
Les trois règles de la restauration qu'il faut avoir en tête, réaffirme
Anne Cartier-Bresson, sont :
- réversibilité du traitement
- compatibilité des produits et des matériaux de restauration en
contact avec l'objet original
- lisibilité de la restauration, « ne pas faire du neuf avec du
vieux et montrer ce qu'a fait le restaurateur. Il faut que ce soit
esthétique, discret, mais il est hors de question de cacher la
restauration, de faire comme si elle n'avait pas eu lieu. Une bonne
restauration doit pouvoir être détectée à l'œil. Un restaurateur
n'est pas un faussaire ».
Pour Anne Cartier-Bresson, un restaurateur « c'est un archéo-
logue, il est obligé, éthiquement parlant, de documenter, de
donner ses méthodes et ses produits. On remet un rapport
de restauration au propriétaire. C'est comme cela que l'on fait
avancer la connaissance, car il y a aussi des échecs... ».
Où s'adresser ?
L'ARCP qui dépend de la ville de Paris est un service public et, à ce
titre, il est donneur de conseil, comme la Bibliothèque nationale
ou quelques autres. Si le problème est complexe et doit être traité
par un restaurateur, soit ses services l'exécutent et le facturent, soit
il oriente le demandeur vers d'autres collègues compétents car,
d'une part, on n'a pas toujours besoin d'un restaurateur diplômé
Bac +5
2
et, d'autre part, une entité comme l'ARCP ne peut pas tout
faire car sa mission première est de veiller sur les treize millions de
photographies de la ville de Paris. « Nous avons plutôt vocation à
faire de la formation, à montrer les gestes, à aider et c'est pour cela
que l'on fait des études de conservation. C'est aussi parce que la
photographie a été valorisée que ce métier existe ».
1) Publications : 
Vocabulaire technique de la photographie
, Marval / Paris-Musées 2008
Les Papiers salés, altération et restauration des premières photographies sur
papier
, Les Annales photographiques de la ville de Paris, 1984)
2) L'Institut national du patrimoine possède une filière qui forme des
restaurateurs diplômés à Bac+5, c'est un Master Restaurateur du patrimoine,
spécialité photographie
Avec nos remerciements à l'ARCP et à sa directrice Anne Cartier-Bresson
À gauche : anonyme,
Portrait d’homme
, sans date, tirage
sur papier albuminé au format carte de visite. À droite :
reproduction sous rayonnement ultraviolet (UVA),
mettant en évidence un développement mycélien dans
la couche image et sur le support secondaire.
© Collection didactique de l’ARCP.
© Reproduction : ARCP / Mairie de Paris /
Jean-Philippe Boiteux
1...,18,19,20,21,22,23,24,25,26,27 29,30,31,32,33,34,35,36,37,38,...40
Powered by FlippingBook