La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 27

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Cartier-Bresson, l'image virtuelle n’est pas notre sujet. « Pour
restaurer une carte mémoire, on travaille avec des ingénieurs. Il
est important que l'on travaille avec des métiers parallèles car il
doit y avoir une circulation des informations et des travaux. Le
Louvre C2RMF a tout un département qui se penche sur l'obso-
lescence dans l'art contemporain, on travaille beaucoup avec eux,
on échange ». Ce sont donc toutes ces communautés de personnes
(restaurateurs, photographes... ) qui, de façon pluridisciplinaire,
se sont intéressées au patrimoine photographique et qui, avec le
marché de l'art, ont changé l'intérêt porté à la photographie.
Qu'ils concernent les collections, institutionnelles ou non, ou les
photographies que chacun d'entre nous peut posséder, les grands
problèmes rencontrés sont majoritairement liés à la mauvaise
gestion du stockage. Les tirages sont souvent conservés dans
des boîtes à chaussure, dans de mauvaises conditions. Selon le
cas, ils vont gondoler ou tuiler. Si la température est trop élevée,
les couleurs vont pâlir, si elle est trop froide, la gélatine va se
craqueler. On peut aussi avoir des altérations qui sont liées à
la structure des images qui sont fragiles. Les images photogra-
phiques sont toujours multicouches (baryte, gélatine, couches
protectrices...). En fonction de leur nombre, on va avoir des
altérations physiques ou chimiques diverses. Physiques, elles
concerneront les mauvaises manipulations, les stress climatiques
ou les altérations biologiques comme les attaques de la gélatine
et du liant par les champignons. Chimiques, elles concerneront
l'évolution des couches sous les actions de la température, de l'hu-
midité, de l'environnement ou de la pollution par les gaz oxydants.
Toutes ces attaques peuvent s'effectuer de manière différente en
fonction du procédé.
Les premières recherches ont donc consisté à identifier les
procédés apparus au cours des évolutions rapides de la photogra-
phie. Au début, le photographe concevait et réalisait lui-même
ses émulsions et supports de manière artisanale. Mais dès 1860,
on a vu apparaître les premiers commerces de surfaces sensibles,
une tendance qui s'est accélérée à partir des années 1880 avec
l'industrialisation des premiers films par Kodak. Maintenant,
avec le recul, il existe suffisamment d'études sur le patrimoine
pour identifier les grandes typologies d'altérations. On a identifié
des centaines de procédés avec leurs variantes qu'Anne Cartier-
Bresson a recensés et décrits dans cet ouvrage collectif essentiel
qu'est Le Vocabulaire technique de la photographie
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.
Il faut également ajouter que les encadrements de mauvaise
qualité abîment les tirages photographiques. Aujourd'hui, beau-
coup de photographes ne veulent pas encadrer leurs photos, ils les
présentent sous « Diasec », ce qui pose de nouveaux problèmes
de conservation et de restauration.
Quelles solutions ?
Il faut distinguer les solutions globales des solutions individuelles
qui relèvent des niveaux de complexités complètement différents.
La première des solutions globales est la prévention, de la chaleur,
du soleil, de la lumière ou de l'humidité. Si on accroche des
tirages photographiques au mur, une trop longue exposition à
la lumière va généralement induire des détériorations, jaunisse-
ments, modifications visuelles... Cependant, il y a des procédés
photographiques qui sont très peu sensibles et même stables à la
lumière, « c'est pour cela que parfois, il est difficile de dire « cela
est mauvais », c'est comme en médecine, il y a des terrains ». Pour
le daguerréotype, le problème sera plutôt la chaleur, l'humidité,
la mauvaise conservation de l'écrin qui va laisser pénétrer des
polluants. Par contre, certains tirages numériques avec des colo-
rants organiques vont être extrêmement sensibles à la lumière. La
conservation préventive a pour objet d'intervenir sur l'environne-
ment de l'objet, la qualité des matériaux de protection, l'élimina-
tion de tout élément nocif à sa conservation.
Individuellement, l'aspect curatif sera complètement différent.
Lorsqu'une photographie est détériorée, cela devient de la haute
couture. Il faut d'abord arriver à déterminer les causes de détério-
ration car ce n'est qu'à cette condition que l'on pourra appliquer
un traitement de restauration qui pourra être soit curatif soit
préventif.
On intervient sur une photographie en éliminant tous les
éléments, comme la poussière, susceptibles de détériorer.
À gauche : François-Victor Hugo, Charles Hugo ou Auguste Vacquerie,
Victor Hugo de profil
, avant le 22 avril 1853, fac-similé, daguerréotype.
© Coll. Maison Victor Hugo / ARCP / Mairie de Paris / Jean-Philippe Boiteux, 2013.
Ci-dessus : Anonyme,
Tourelle près de l'Hôtel de Ville
, daguerréotype, 1840-1850.
Exemple d'oxydation : à gauche, la plaque avec fixé sous verre cassé, inversé,
à droite, la plaque nue après dégagement du fixé sous verre cassé,
montrant les deux fronts d’oxydation successifs.
© Bibliothèque Historique de la Ville de Paris / ARCP / Mairie de Paris
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