La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 26

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L
a notion de restauration en matière de photographie est
relativement récente.
Elle est historiquement liée à la reconnaissance et à la valorisation
de l'objet photographique, à sa valeur patrimoniale et historique
d'une part, et à la montée en puissance de sa valeur marchande
d'autre part. Comme le souligne Anne Cartier-Bresson : « Quand
la photographie n'était pas considérée comme un objet muséal, il
n'y avait aucune raison de définir des règles de restauration et de
conservation ».
Les prises de conscience émergèrent avec ce nouvel intérêt pour
la photographie, que l'on situe à l'orée des années 1980, mettant
en évidence l'importance liée à sa dégradation.
Avant cela, rappelle Anne Cartier-Bresson, on avait des collec-
tions dans des institutions comme la Bibliothèque nationale, le
Musée Carnavalet, l'Institut de France ou la Société française de
Photographie. Des collectionneurs privés comme André Jammes
ou Gabriel Cromer dont la collection, qui devait servir de base à
un hypothétique musée de la photographie en France, a finale-
ment constitué l'ossature de celle de la George Eastman House
à Rochester.
Évolutions de la conservation et de la restauration.
La découverte de la valeur intrinsèque de la photographie en
tant qu'objet patrimonial doit être associée à la création des
Rencontres internationales de la photographie à Arles puis du
Mois de la Photo à Paris. Des événements fondamentaux qui ont
rendu visibles l'importance des pertes, des destructions ou des
dégradations de photographies historiques. Ce constat, comme
le fait remarquer Anne Cartier-Bresson, « a fait apparaître que
pour les collections parisiennes, il fallait instaurer des services
de restauration, non seulement pour préserver les collections
mais aussi pour organiser et diffuser des expositions. Il fallait
avant tout connaître l'objet photo pour le respecter. En effet,
comment et pourquoi respecter des objets qui n'avaient jamais été
estimés et qui avaient été conservés de façon aléatoire ? ». Pour
soutenir Paris Audiovisuel, initiateur du Mois de la Photo, sous
l'égide de sa Direction des Affaires culturelles, la ville de Paris a
créé, en 1983, l'Atelier de Restauration et de Conservation des
Photographies de la Ville de Paris.
En argentique, la conservation-restauration concerne tous les
objets patrimoniaux sur tous les supports : négatif, positif direct,
sans matrice, daguerréotype, ambrotype, la diapositive (positif
direct), l'autochrome (positif direct)... Toutefois, précise Anne
QUELLE(S)
RESTAURATION(S)
POUR LES
PHOTOGRAPHIES ?
Rencontre avec
Anne Cartier-Bresson
, conservatrice générale du patrimoine,
directrice de l'Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris,
responsable de la section photographie du département des restaurateurs de l'Institut national du patrimoine
Par
Bernard Perrine
, correspondant de l'Académie des Beaux-Arts
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