La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 23

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Tous ces examens réalisés et après approbation des tests par la
commission internationale de restauration
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, les opérations de
nettoyage pouvaient commencer. Dans un premier temps le
marbre a été nettoyé selon une technique aqueuse. Puis, pour
éliminer les repeints modernes devenus hydrophobes, nous avons
utilisé une solution faiblement concentrée d’agents chimiques
facilitant la solubilisation de ces peintures avant de les éliminer à
la brosse douce. Ont suivi les reprises de bouchages et de joints
sur la statue, la patine des éléments en plâtre du xix
e
siècle.
Charles Champoiseaux avait découvert lors de ses différentes
missions à Samothrace de nombreux fragments épars de la statue,
dont une large part a été remise en place lors des restaurations du
xix
e
siècle. D’autres sont demeurés en réserves faute de raccords
repérés. Le retrait des badigeons et des bouchages modernes et
une meilleure compréhension de l’étendue des pièces rapportées
ont permis quelques nouveaux raccords dont celui d’une pièce
rapportée inédite : l’extrémité de deux plumes superposées et
toute la longueur d’une troisième (Ma 4973), sculptées en une
seule pièce (fig. 4).
Ces opérations terminées, sept semaines ont été nécessaires pour
rapporter et remettre en place les 23 blocs du bateau sur le palier
Daru. Le relevé précis des blocs
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et nos observations effectuées
au moment de la dépose et en cours d’intervention ont permis de
corriger l’alignement et le positionnement de certains blocs au
moment de ce remontage.
Une fois le bateau remonté, la statue est venue reprendre sa place
d’origine sur le pont supérieur. La Victoire et le bateau formant
sa base ont ainsi retrouvé tout l’éclat de leur marbre, patiné par
les siècles. Le contraste entre les marbres de Paros et de Lartos
est de nouveau perceptible. Les bouchages entre les fragments ne
sont plus débordants, les retouches ne couvrent plus la surface
originale de l’œuvre. Entre la déesse et le navire sur lequel elle se
pose dans un battement d’aile, le bloc moderne intercalé en 1933
ne joue plus le trouble-fête : le monument a ainsi pu retrouver
toute sa cohérence formelle.
1) Projet précédé de pré études commandées en 2002 et 2009 par le
département des Antiquités grecques, étrusques et romaines,
Musée du Louvre. Commissariat : J.-L. Martinez, L. Laugier et M. Hamiaux.
Équipe des restaurateurs : sous la direction de D. Ibled et A. Liégey :
N. Bruhière, Ch. Devos, P. Klein, B. Lafay, V. Pillard, V. Picur. Socleur, E. Bougenaux.
2) C2RMF, S. Pagès-Camagna, A. Maigret, J. Marsac, E. Lambert ; Courtauld
Institut, G. Verri ; Université Paris VI - Pierre et Marie Curie, A. et Ph. Blanc.
3) Commission de restauration : Prof. A. Scholl (Dir. des Pergamon
und Altes Museum), Prof D. Matsas (Ephorie de Komotini), Prof. B. Wescoat
(Emory University, Atlanta, directrice de la fouille américaine de
Samothrace), W. Machaira (Académie d’Athènes), B. Bourgeois (Centre de
recherche et de restauration des musées de france), A. Pasquier (Louvre),
D. Braunstein (Louvre), Fr. Gaultier (Louvre), M. Hamiaux (Louvre),
L. Laugier (Louvre) et J.-L. Martinez (Louvre).
4) Architecte CNRS (INAA), N. Bresch.
Pour améliorer la lisibilité formelle du bateau, les bouchages des
parties manquantes ont été traités de manière plus réaliste, en
jouant sur une texture et une tonalité proche du marbre consti-
tutif du bateau, tout en marquant les limites des blocs.
Neuf fragments en marbre du bateau, conservés dans les réserves
du musée et dont les emplacements ont pu être parfaitement
localisés ont été réintégrés au monument. Onze autres fragments
provenant des fouilles effectuées par l’équipe américaine dirigée
par Bonna Wescoat et conservés à Samothrace ont été numérisés
sur place, tirés en résine à Paris et par l’intermédiaire de moulage
reproduits en plâtre sur le chantier afin d’être eux aussi réintégrés
dans le bateau à leurs emplacements d’origine.
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À gauche : le monument de la Victoire de Samothrace
après restauration, en juillet 2014.
Fig. 1, 2, 3. Vestiges de bleu égyptien formant un bandeau
au bas du manteau de la Victoire de Samothrace, seulement
visible en Luminescence infrarouge (cliché Giovanni Verri).
Fig. 4. Plumes saillantes, raccordées en 2014 à l’aile gauche de la Victoire.
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