La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 22

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que les interventions structurelles comme l’élimination du bloc
en pierre sous la statue et la conception d’une nouvelle structure
porteuse, la reconstitution de certaines parties manquantes indis-
pensables pour la remise en place, ainsi que toutes les manipula-
tions liées aux interventions parallèles (numérisation, dessins des
blocs du bateau, analyses… ).
Après la dépose de la statue de la Victoire, six semaines ont été
nécessaires pour séparer et transporter les 23 blocs (soit 27,5
tonnes de marbre) formant le bateau dans la salle des Sept-
cheminées organisée, pour la durée du chantier, en cabine de
restauration.
Une fois l’ensemble du monument réuni dans cet espace, une
étude approfondie de la statue et de chacun des blocs du bateau
a pu commencer.
Les chercheurs du C2RMF, de l’Université Paris VI- Pierre
et Marie Curie et du Courtauld Institut de Londres se sont
succédé auprès du monument
2
. Avant de procéder au nettoyage
de la Victoire et de sa base, il fallait en effet les connaître au
mieux, juger de l’étendue des badigeons modernes, de celle des
bouchages débordants, ou encore vérifier la solidité des montages
métalliques mis en œuvre au xix
e
siècle pour assembler les
multiples fragments des ailes et des drapés. Il fallait aussi tenter
de découvrir les possibles restes de la polychromie antique que
ce type d’œuvre de l’époque hellénistique peut présenter mais qui
n’avaient jusqu’alors jamais été repérée. Quelques vestiges de noir
sur le bateau, de bleu au bas du manteau de la Victoire ou encore
d’une couleur à base bleu sur les ailes, invisibles à l’œil nu, ont
ainsi pu être détectés (fig. 1, 2, 3).
P
ourquoi restaurer un chef-d’œuvre ? Les icônes de l’histoire
de l’art ne sont hors du temps que dans notre mémoire, dans
notre esprit. Le temps y fait son œuvre, la pierre peut s’encrasser,
se fissurer et surtout les retouches posées à sa surface pour
masquer tel ou tel ajout moderne se transforment avec les années.
Le monument découvert à Samothrace par Charles Champoiseaux
en 1863 fait partie de ces œuvres insignes qui invitent à la plus
grande vigilance dès qu’il s’agit d’engager tout projet de restaura-
tion
1
. La campagne 2013-2014 a eu pour but de tenir compte de
l’histoire de l’œuvre dans toute sa durée : mettre en valeur l’une
des statues les plus magistrales de l’époque hellénistique mais aussi
tenir compte de son histoire à l’époque moderne. Sa silhouette, si
célèbre aujourd’hui, est en partie le fruit de la restauration menée
sous la direction de Félix Ravaisson Mollien entre 1880 et 1883.
C’est un chef-d’œuvre de l’art grec mais aussi, dans une certaine
mesure, du xix
e
siècle.
Le chantier de restauration présentait deux pôles importants et
très différents dans leur approche. La restauration proprement
dite, comprenant toutes les interventions de nettoyage, de reprise
des anciens collages, des anciens bouchages et de certaines
reconstitutions ainsi que la reprise des patines des parties recons-
tituées en plâtre. Mais aussi toutes les interventions de dépose et
repose de la statue, de démontage et remontage du bateau ainsi
LA RESTAURATION DE LA
VICTOIRE DE SAMOTHRACE
Par
Ludovic Laugier
, conservateur du patrimoine,
Daniel Ibled
et
Anne Liégey
, restaurateurs de sculptures
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