La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 21

|
21
la direction de l’Allemagne. À la Libération, le convoi reviendra
triomphalement le 5 juillet 1945 à Bordeaux. Entreposé au pied
du Pont d’Aquitaine, il sera longtemps délaissé. Il faudra l’achar-
nement de la conservatrice du Musée d’Aquitaine, Debie Muller,
et la volonté déterminée de Jacques Chaban-Delmas, Maire de
Bordeaux, pour qu’en 1980 un projet de remontage soit étudié.
En 1982, une équipe de restauration de la Fonderie de Coubertin,
menée par Yvon Rio, s’installera pendant un an sur place.
Le travail est gigantesque, 52 tonnes de bronze, 34 sculptures, 70
morceaux. Il fallut concevoir le nouveau châssis en acier inoxy-
dable, présenter les éléments, réajuster les assemblages, changer la
boulonnerie. Certains morceaux manquaient. Le sculpteur anima-
lier Anne Nicolle, d’après des documents et des photos anciennes,
recréa les modèles qui, après empreinte, furent coulés en bronze
avec l’alliage « des frères Keller » comme l’était le monument.
Le parti fut pris de garder le monument dans son oxydation du
temps, seules les parties refondues furent patinées en harmonisa-
tion avec l’ensemble. Le 22 janvier 1983, les bassins retournèrent
en grande pompe sur leur lieu d’origine.
L’Archange du Mont Saint-Michel
Œuvre d’Emmanuel Fremiet réalisé en 1897 en cuivre repoussé
par les ateliers Monduit, à qui on doit, entre autres, les quadriges
de Récipon, la statue de la Liberté et le Lion de Belfort de Bartoldi.
En 1984, après un survol de repérage au-dessus du Mont Saint-
Michel, l’architecte Pierre André Lablaude constate des dégrada-
tions importantes sur l’Archange Saint-Michel.
Il devient urgent d’intervenir ; en 1987 un échafaudage tout en
bois, pour se préserver de la foudre, permet l’accès à l’Archange. La
dépose et la repose se feront par héliportage. L’équipe de restaura-
tion de la Fonderie de Coubertin a quatre mois pour mener à bien
ce travail. Arrivé à l’atelier, l’Archange sera entièrement désas-
semblé en retirant rivets et soudure à l’étain liant les différentes
LA RESTAURATION DE LA
STATUAIRE EN MÉTAL
Par
Jean Dubos
, Fondeur d'art, correspondant de l'Académie des Beaux-Arts
pièces, nous constatons là le travail remarquable des anciens.
L’armature est en acier doux, il faudra la remplacer par une iden-
tique en acier inoxydable. Certains éléments, trop dégradés, sont
à refaire ; pour l’épée, la main droite, l’auréole, nous coulons une
matrice métallique comme à l’origine. Le cuivre de 12/10e d’épais-
seur, après recuit, est mis en forme par rétreinte directement sur
cette matrice en relief.
Les trous d’impact de la foudre sont bouchés par soudure à l’argon
(TIG). L’ensemble des éléments sera étamé face interne, ceci pour
diminuer l’action de la corrosion, renforcer l’épaisseur du cuivre
et diminuer le couple électrochimique avec la nouvelle armature.
L’ensemble remonté, le doreur vient apposer ses couches d’apprêt
et de mixtion et dépose 5 000 feuilles d’or de 23,6 carats, soit 65
grammes d’or.
Arrivé sans encombre, le 4 octobre 1987, au pied du Mont Saint-
Michel, l’Archange sera monté à bras d’hommes jusqu’à la salle
du cellier pour une présentation au public avant de rejoindre
définitivement le haut de la flèche.
Dans la grande statuaire, il existe bien d’autres métaux et alliages,
tous aussi complexes à restaurer, citons : le plomb, le zinc, la fonte
de fer, les galvanoplasties et plus récemment les alliages légers,
les aciers inoxydables etc... Tous demandent une connaissance
approfondie pour une intervention la plus juste possible et la plus
efficace. Mais le temps poursuit toujours son œuvre destructrice,
il conviendrait de faire des entretiens plus réguliers de ces œuvres
pour éviter des interventions trop lourdes et très coûteuses.
En haut :
Le Triomphe de la Concorde
(1894-1902), un des deux bassins réalisés par
le sculpteur Dumilâtre, assisté de Félix Charpentier et de Gustave Debrie, sous la
direction de l’architecte Victor Rich.
À gauche :
L’Archange du Mont Saint-Michel
(1897), en cuivre repoussé, est l'œuvre
d’Emmanuel Fremiet. L’ensemble est recouvert de 5 000 feuilles d’or de 23,6
carats, soit 65 grammes d’or.
1...,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20 22,23,24,25,26,27,28,29,30,31,...40
Powered by FlippingBook