La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 20

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l y a beaucoup de diversité dans les métaux et alliages utilisés
dans la statuaire. En archéologie on parle d’alliages cuivreux,
la base étant le cuivre auquel viennent s’ajouter l’étain, le plomb,
le zinc parfois l’arsenic.
La restauration de ces statuaires antiques est confiée à des labora-
toires et des entreprises spécialisées, dont le personnel a été formé
dans des écoles du patrimoine. Les moyens modernes permettent
d’analyser les matériaux, les produits de corrosion, la teneur des
alliages, les traces de fabrication et déterminent le protocole de
restauration à suivre, les moyens de conservation et de protection.
Cette restauration se voudra réversible afin de permettre des
interventions futures par un matériel de plus en plus performant.
Pour la statuaire du xix
e
, xx
e
et xxi
e
siècle, située en milieu
urbain, le problème est différent, la restauration intervient la
plupart du temps dans l’urgence. Les dégradations les plus visibles
apparaissent en surface, les plus graves sont causées par les arma-
tures en acier doux à l’intérieur qui provoquent avec le temps une
oxydation dévastatrice faisant foisonner l’acier doux parfois de 3
à 4 fois son volume.
Lorsque ces désordres apparaissent, il est trop tard et cela
demande une lourde intervention structurelle. Les études métal-
lographiques sont la plupart du temps confiées à des laboratoires
spécialisés. Les nouvelles structures internes sont réalisées en
acier inoxydable et une note de calcul, faite par un bureau d’étude,
permet de vérifier la sécurité de l’ensemble.
Prenons deux cas bien différents, que j’ai suivis de près :
La Fontaine des Girondins
Réalisée entre 1894 et 1902, elle est composée de deux bassins, « le
Triomphe de la Concorde » et « le Triomphe de la République ».
Le sculpteur Dumilâtre, assisté de Félix Charpentier et de Gustave
Debrie, sous la direction de l’architecte Victor Rich, réalisa les
modèles. En 1943, cet ensemble sera déboulonné pour prendre
doss i er
cela montre l’intérêt qu’a continué à susciter la sculpture
en question alors que sa facture formelle marque sa date de
réalisation. Or la polychromie forme un tout indissociable avec
la sculpture. On peut noter que dans certains cas elle vient
aussi compléter les formes sculptées comme l’indication d’une
barbe, d’un col, des détails d’une couronne, etc. sans parler de
la qualité des textiles représentés que revêtent les personnages ;
les exemples ne manquent pas. Sa disparition volontaire ou pas
dénature la conception originale.
J.A. : Après le constat d’état comment procède le restaurateur ?
D.F. : Suite au repérage des altérations et à la compréhension
des facteurs de dégradation, le restaurateur définit les priorités,
parfois les urgences d’intervention, pour la stricte conservation
de l’œuvre. Dans les mesures conservatoires l’on trouve la conso-
lidation des matériaux, le refixage des couches picturales, les trai-
tements biocides. Ces interventions ne changent pas l’aspect ou
très peu quand on procède à des dépoussiérages. Le restaurateur
présente également au propriétaire ou au conservateur respon-
sable des propositions de restauration qui viseront à améliorer
ou mettre en valeur la qualité de la sculpture - proposition qui
dépendent de l’état, de la qualité et de la faisabilité des opérations
envisageables. Une phase de tests peut être engagée et surtout
le dialogue entre le conservateur et le restaurateur permettra un
choix. Dans certains cas un comité scientifique est monté afin que
les décisions soient plus largement débattues car la restauration
peut être très modeste mais également très interventionniste,
comme dans le cas des sculptures polychromées, repeintes si l’on
choisit de revenir à un état polychrome antérieur - l’intervention
sera bien sûr irréversible. Ce type d’intervention - délicate - est
souvent tentant car la succession des repeints empâte les volumes,
mais elle exige énormément de minutie et de temps (et d’être sûr
de la cohérence de ce que l’on met au jour ! ) avant de se lancer
dans une telle entreprise.
J.A. : Que pouvez-vous dire de la conservation préventive ?
D.F. : C’est très important, ce volet vient ou devrait venir en amont
de toute intervention car il vise à arrêter les facteurs de dégrada-
tion des œuvres et à contrôler l’état des œuvres. Cet état dépend
des conditions du lieu de conservation et de leur emplacement
en son sein. Il est dommage de remettre une sculpture restaurée
dans un milieu défavorable. De même, pour être polémique, je
ne comprends pas qu’actuellement on nettoie à tour de bras des
édifices et des immeubles conservant de la sculpture - datant du
xix
e
ou plus ancienne - dans les milieux urbains qui sont pollués
car les parements vont se ré-encrasser très rapidement comme
tout le monde peut le constater. Les techniques employées à
grande échelle, forcément « vigoureuses », fragilisent la pierre.
Certes il est agréable de circuler au milieu des bâtiments clairs
mais sachant que ce n’est pas demain que nos villes profiteront
d’un bon air, il faudrait envisager des interventions complé-
mentaires (de type badigeons sacrificiels) visant à protéger des
dépôts de salissures noires qui n’ont rien à voir avec la formation
de calcin, lequel se forme naturellement à la surface d’une pierre
dans un milieu sain.
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