La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 17

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et résistant, stable, et très adapté à notre pratique. De même nous
préparons en atelier la colle d’amidon, selon les pratiques asia-
tiques, mais nous nous tournons également vers des matériaux
beaucoup plus récents, à base de dérivés cellulosiques, qui ont des
propriétés différentes des matériaux traditionnels.
N.E. : Quand on voit la vitesse à laquelle certains
supports informatiques disparaissent, le papier
apparaît comme une valeur sûre…
C.D. : Cela dépend de sa date de fabrication. Aujourd’hui les
papiers fabriqués (dans la sphère commerciale large des beaux-
arts) sont plutôt de bonne qualité. Les papiers fabriqués dans
les moulins aux xvi
e
, xvii
e
et xviii
e
siècles étaient faits à partir
de matériaux de récupération, tel le lin et le chanvre, encollés
à la gélatine, et ils vieillissent particulièrement bien s’ils sont
conservés dans de bonnes conditions. Par contre à partir du xix
e
siècle jusqu’aux années 60-70, le papier a connu une période bien
sombre si l’on se place du point de vue de son vieillissement.
N.E. : Qu’a-t-on ajouté dans les papiers de
sorte que la qualité se dégrade ainsi ?
C.D. : Cela correspond à la fabrication du papier selon un procédé
industriel. Afin de répondre à une demande croissante quantita-
tivement, les industriels ont dû remplacer le lin ou le chanvre par
du bois. Le bois, s’il n’est pas bien purifié, donne un papier conte-
nant beaucoup de lignine, ce qui entraîne un fort jaunissement du
papier (par exemple le papier journal ou le papier pour affiches).
LA RESTAURATION
DES ŒUVRES SUR PAPIER,
UN MÉTIER À PART ENTIÈRE
Rencontre avec
Christelle Desclouds
, restauratrice du patrimoine spécialisée en arts graphiques
Les méthodes d’extraction des fibres à partir du bois se font selon
les années en milieu acide ou non, entraînant là aussi un papier de
plus ou moins bonne qualité. Enfin l’encollage du papier a été fait
jusqu’aux années 60 selon un procédé colophane-alun, procédé lui
aussi en milieu acide, diminuant la qualité du papier. Ces papiers
se dégradent donc très vite, ils jaunissent, se déchirent, perdent
toute résistance mécanique. Des kilomètres de livres et d’archives
sont concernés par ce problème d’acidification du papier.
N.E. : Comment se passe la formation des restaurateurs ?
C.D. : Il existe deux formations pour devenir conservateur-restau-
rateur d’arts graphiques, formations délivrant un diplôme d’état
permettant de travailler pour les Institutions Publiques et musées.
D’une part l’INP, Institut national du patrimoine, d’autre part la
formation universitaire, le Master II de conservation-restauration
des Biens Culturels. Ces formations sont ouvertes sur concours et
se déroulent en cinq ans, incluant une période de stage en France
puis un stage à l’étranger de six mois, et une année de recherche et
de diplôme. Par la suite une formation permanente est proposée
aux professionnels pour suivre l’évolution de la recherche, ainsi
que la participation aux colloques.
En haut : restauration d'une affiche publicitaire. Photo DR
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