La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 15

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l’artiste étant décédé et la fabrication des bonbons ayant cessé,
les conservateurs du Guggenheim Museum durent répondre à
l’épineuse question : « comment remplacer les bonbons ? » Ce
qui fit l’objet d’une étude de cas consacrée à la préservation de
l’immatériel, expliquant que, oui, on pouvait et pourquoi. Il s’agit
là aussi d’une œuvre acquise par protocole. Cette fois, la respon-
sabilité de réinterpréter l’œuvre chaque fois qu’elle est présentée
a été laissée au propriétaire, donc au conservateur, par l’artiste.
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La difficulté posée par une œuvre de Jannis Kounellis conservée
par le Musée National d’Art Moderne est d’une autre nature.
Cette œuvre composée de laine cardée, fixée avec des cordes sur
quatre bâtons en bois, ayant été détruite lors de l’exposition « L’art
grec » en 1973, a été re-créée par l’auteur en 1982 à l’occasion
de l’exposition de Bordeaux « Arte povera, antiform, sculpture
1966-1969 ». Le MNAM en a alors fait l’acquisition. Non traitée,
elle dégageait une odeur et subissait une dégradation bactérienne.
Elle faisait aussi courir un grave risque de contamination aux
œuvres en réserves du musée. Cette instabilité était voulue par
l’auteur, l’un des principaux représentants du mouvement de
l’Arte povera. L’œuvre a finalement été entièrement restaurée, la
laine remplacée et traitée, le sens en partie sacrifié à la forme avec
l’accord de l’auteur.
Le restaurateur d’une œuvre de l’art contemporain n’est pas
seulement confronté à la connaissance des techniques et des
matériaux de la création contemporaine ; il doit s’attacher à la
nécessaire compréhension du sens de l’œuvre et de l’intention
de l’artiste, en recherchant une documentation qui n’est plus
seulement technique mais aussi, essentiellement, critique. Dans
le meilleur des cas il peut s’appuyer sur l’avis de l’auteur, devenu
témoin et acteur de la conservation et de la restauration de son
œuvre. Enfin, l’artiste vivant peut-il se présenter comme seul en
droit de restaurer son œuvre ? Au risque d’y apporter des modifi-
cations que lui seul peut autoriser mais qu’il ne peut pas imposer
à l’acquéreur, propriétaire du support matériel de l’œuvre.
1) Section française de l’Institut International de Conservation
2) « Art d’aujourd’hui patrimoine de demain »,
3) Michel Guerrin,
Le Monde
, 15 janvier 2011
En haut : Jana Sterbak,
Vanitas: robe de chair pour albinos anorexique
(1987),
composée de viande de boeuf crue sur un mannequin et d'une photographie
couleur montée au mur à proximité, cette robe doit être confectionnée à chaque
nouvelle présentation afin qu'il soit donné à voir le processus de vieillissement.
Centre Pompidou, MNAM-CCI. Photo DR
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