La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 10

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dans les autres œuvres de l’artiste. Le dessin sous-jacent au noir
de carbone a été tracé à partir d’un poncif pour le visage tandis
que le tracé du vêtement est réalisé à main libre. Les carnations
ont été peintes en deux étapes principales, une sous-couche
chaude surmontée d’une fine couche de surface de tonalité froide
variant du blanc au gris foncé. Cette étude a mis en évidence un
bon état de conservation des couches originales avec de rares
lacunes. Par ailleurs le tableau est recouvert par un vernis épais,
mesuré par microscopie confocale.
Le mobilier Boulle du Musée du Louvre
À l’occasion du chantier de rénovation des salles du mobilier du
règne de Louis XIV et du xviii
e
siècle, une collaboration suivie s’est
mise en place entre le département des objets d’art et le Centre de
Recherche et de Restauration des Musées de France. Le lancement
en 2008 d’une ambitieuse campagne de restaurations du mobilier
Boulle a reposé sur une redéfinition complète des procédures de
restauration. Une série de constats d’état conduite en 2008 a permis
d’identifier les principales problématiques, puis les études de labo-
ratoire ont porté particulièrement sur les composants et les altéra-
tions des métaux, des colles et des pigments colorés utilisés sous
la corne. De nouveaux procédés de désoxydation des marqueteries
de métal ont été étudiés et appliqués afin d’éviter toute abrasion
des surfaces. Le choix de protections de surface a été fait après de
longues expérimentations de laboratoire. Le traitement de l’orne-
mentation de bronzes dorés a toujours visé à l’harmonisation de
La restauration a été réalisée par les restauratrices Agnès Malpel
pour la couche picturale et Juliette Mertens pour le panneau de
noyer. Cette intervention, essentiellement un allègement des
vernis, a été rendue nécessaire par l’oxydation des vernis et des
petits repeints, jaunis et opacifiés depuis la dernière intervention
de 1952, qui trahissait fortement l’esthétique de l’œuvre. Elle a
également consisté à calmer une usure dérangeante, située sous
la joue gauche du modèle, qui apparaissait comme un reflet
orangé, comme les analyses l’ont révélé. Cependant, compte tenu
de la nature particulière des vernis plus anciens présents sur le
panneau, l’amincissement effectué conserve encore une épaisseur
de résine significative qui permet toute possibilité d’intervention
dans le futur.
l’ensemble de l’œuvre. La restauration de six meubles a été menée
à ce jour sur deux armoires, trois cabinets et un régulateur, par
les restaurateurs du centre, avec la collaboration de restaurateurs
extérieurs pour la partie des bronzes d’ornement. Les protocoles
mis au point à cette occasion seront appliqués pour les restaura-
tions à venir sur d’autres meubles selon un programme de travail
établi jusqu’en 2018. Grâce à la collaboration de la Fondation
EDF-laboratoire Valectra, les analyses conduites par le département
de recherche du C2RMF entre 2007 et 2012 ont été enrichies d’une
série d’analyses élémentaires portant sur les alliages des laitons et
des bronzes d’ornement. Parallèlement l’étude portant sur la dégra-
dation des étains en 2012 a donné des informations nouvelles sur
les alliages utilisés sur le mobilier Boulle.
1) Cesare Brandi,
Teoria del restauro
, Rome, 1963.
2) Paul Philippot,
Pénétrer l’art, restaurer l’œuvre, une vision humaniste
, édité
par C. Périer-D'Ieteren ; en collaboration avec B. D'Hainaut-Zveny, Hommage en
forme de florilège, Groninghe, 1990.
En haut : armoire attribuée à Charles-André Boulle (1642-1732), vers 1710, Musée
du Louvre, département des objets d'arts, n°inv. OA5441. Après intervention.
© C2RMF / Thomas Clot - Frédéric Leblanc
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