La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 9

|
9
N. E. : Quand faut-il poursuivre, reprendre des
techniques et des matériaux anciens, quand faut-il les
changer radicalement ?
R. R. : Je n’ai pas de point de vue arrêté sur ce sujet. Mais
de façon générale il n’y a pas opposition entre conservation
et création. Sur l’ancien la lisibilité des interventions peut
être effacée par l’emploi de pierres ou d’enduits à la chaux.
Cependant, le contraste peut aussi être un dateur de lecture
comme le faisait Viollet-le-Duc. L’intervention contemporaine,
dès l’instant où elle s’adresse à la culture du travail et de l’effort,
peut être une courtoisie faite au patrimoine.
N. E. : Pour le Département des Arts de l’Islam au Musée du
Louvre, quels matériaux avez-vous utilisés en particulier ?
R. R. : Toutes les infrastructures ont été réalisées par la
technique du jet grouting, puis augmentées de parois moulées,
puis de parois banchées en béton noir brut de finition sans
trous de banches apparents. La couverture est une triangulation
métallique fermée en intrados de nid d’abeille laissant passer
la lumière sans permettre la vue sur la charpente. En extrados,
des volumes verriers ferment la toiture. Dessous et dessus une
double maille compressée de fines résilles d’aluminium fait
protection solaire dessus et diffusion dessous.
Nadine Eghels : Votre pratique d’architecte se partage entre
conception de bâtiments nouveaux et création dans des
bâtiments ou sur des sites anciens. Comment votre travail se
répartit-il entre ces deux pôles ?
Rudy Ricciotti : D’abord des constructions neuves, mais
j’ai réalisé la restructuration des Grands Moulins à Paris
transformés en Université Paris Diderot sur 35 000 m
2
. Ce
fut une opération à coût réduit (950 euros par m
2
), très
instructive sur la doctrine de conservation-requalification et ses
conséquences économiques.
N. E. : L’utilisation de matériaux nouveaux est une des lignes
de force de votre travail. Est-elle la même dans des bâtiments
anciens et des constructions nouvelles ?
R. R. : Non, je n’ai jamais eu l’occasion, ni perçu la pertinence
d’utiliser des bétons fibrés haute performance en réhabilitation.
En effet, les sollicitations mécaniques restent modestes
dans l’ancien car les portées le sont aussi. Mais sur les sujets
d’ouvrage béton de couverture, la technologie du BFUP peut
être adaptée. En effet, l’empilement granulaire faible en porosité
autorise à penser le béton comme imperméable.
UNE COURTOISIE
FAITE AU PATRIMOINE
Entretien avec l'architecte
Rudy Ricciotti
1,2,3,4,5,6,7,8 10,11,12,13,14,15,16,17,18,19,...40
Powered by FlippingBook