La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 8

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architectes y vont, poussés par la nécessité économique
souvent, mais plus encore pour ce bonheur d’un dialogue enjam-
bant le temps, sans soumission ni platitude, respectueux et assuré.
Beaucoup de monuments, tous peut-être si on les analyse
attentivement, ont fait l’objet de ces créations successives qui
s’imbriquent les unes dans les autres, chacune originale et
inattendue, formant à chaque étape un tout, nouveau, que l’auteur
initial et la majorité de ses suivants, pris dans l’effort de faire
triompher leur pensée, auraient sans doute rejetées sans même les
examiner, mais qui parfois sont les accomplissements véritables
de ces pensées. L’équivalent a sans doute existé dans ce que l’on
nomme les grands textes, les épopées, reprises et enrichies au gré
de transmissions révérencieuses et passionnées.
Mais c’en est fini, il me semble, de ces transmissions. Pour
l’architecture, parfois, oui parfois seulement, avec c’est vrai bien
des désastres, la possibilité subsiste de cette méta-création, de
ces dérangements répétés d’un ordre toujours remis en cause, de
ces pensées nouvelles issues sans doute des mêmes convictions
profondes.
C’est une voie pleine de risques, mais à bien réfléchir c’est la
seule qui vaille. Il vaut mieux avoir à faire disparaître des erreurs
reconnues que de se priver de découvertes. Mais quelle respon-
sabilité ! Quel autre art en a une semblable ? Quelle exigence
individuelle et collective permet d’en soutenir le poids ? La plus
grande, la plus savante et la plus austère sans doute, pour peu
qu’elle s’accompagne, selon une expression que j’emprunte à
Renzo Piano, du sens de la gaieté.
Parce que, sans aucun doute, il possède ce sens, son travail donne
beaucoup d’exemples remarquables d’adjonction à des bâtiments
anciens de parties nouvelles qui, comme pour la Morgan Library
à New York, les transforment en les mettant en valeur.
Je n’ai eu quant à moi qu’une expérience de reprise ; après le
départ et la disparition de Johan Otto von Sprekelsen, j’ai achevé
son projet de l’Arche de la Défense en concevant avec Peter Rice le
« Nuage », en modifiant aussi, ou en complétant, certaines parties
mineures du projet. L’actualité veut que de nouvelles transforma-
tions nécessaires ou seulement utiles sont aujourd’hui dessinées
par nos confrères Valode et Pistre, avec à la fois beaucoup de
fidélité et d’imagination.
Un monument se bâtit toujours sans doute d’une telle succession
de créations.
Ondulation de la couverture dorée du Département
des Arts de l’Islam, dans la Cour Visconti du Musée du
Louvre. Rudy Ricciotti, architecte.
Photo Lisa Ricciotti
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