La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 6

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eprendre un bâtiment, le transformer, l’adapter, c’est une
pratique courante, ancienne, nécessaire, de l’architecture.
On en viendrait à l’oublier en ce moment où tant de maîtres
d’ouvrages et les architectes qu’ils ont choisis comptent sur
la « communication » pour affermir leur existence financière
et commerciale, et nous abreuvent d’images de synthèse qui
transmettent, au mieux, le contenu intellectuel d’une émission
télévisée de variétés. Vues aériennes et façades à tout va dans
un environnement réduit, si on l’évoque, à quelques lignes. Du
contenu, du contenant plutôt, de l’espace l’intérieur, on parlera
une autre fois. Entre spécialistes. Ou pas du tout.
Il y a heureusement tous ceux qui, à titre individuel ou collectif,
luttent pour préserver la ville. Qu’ils y soient nés ou pas, ils
l’aiment. Ils ne veulent pas la voir se dégrader sous leurs yeux. Ils
refusent viscéralement qu’elle change. Ou alors, si, raisonnables,
ils acceptent tous les changements, toutes les transformations,
mais à la condition qu’ils soient faits à l’abri des façades existantes.
Et bien sûr, puisque c’est le moyen le meilleur pour se défendre,
ils « communiquent ».
À la vérité, voilà deux attitudes qui s’opposent avec la plus grande
détermination, au nom disent-ils chacun de l’architecture, mais qui
communient dans le mépris de ce qui est l’essence même de l’archi-
tecture, l’espace intérieur qu’elle limite et enclot. Ce n’est chez les
uns et les autres, très souvent, trop souvent, que « façadisme ».
La structure «  le Nuage » créée par Peter Rice sous la Grande Arche de la Défense,
Île-de-France (1984-1989). Architectes : Johann Otto von Spreckelsen (architecte
du projet du concours), Paul Andreu.
Photo Laurent Thillaye du Boullay
REPRENDRE / TRANSFOR
Par
Paul Andreu
, membre de la section d’Architecture
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