La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 33

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régionalistes, réalistes socialistes, corbusistes et néocorbusistes,
historicistes, postmodernistes, participationnistes, minimalistes,
écologistes : tous en piste. Tous un petit tour de piste. Ce ne sont
pas les architectes qui décident, c'est l'époque qui les somme de
répondre aux questions qu'elle leur pose.
Sinon, s'il n'est pas engagé, le critique n'a ni à vaincre ni à
convaincre. Ni à élaborer des doctrines professionnelles. Il peut
lui revenir alors d'expliquer, d'inscrire telle construction dans
son époque, d'exposer, de célébrer ou de démontrer au contraire
la vacuité des arguments d'un concepteur, éventuellement la
faiblesse de ses agencements esthétiques. D'en étudier la genèse,
les logiques internes, l'économie, les difficultés. Ou bien d'en
analyser la pertinence, formelle, constructive, urbaine, sociale,
ergonomique. S'il s'agit d'une œuvre déjà ancienne, il peut tenter
d'en retracer les effets, de raconter ce qu'en fut la perception en
divers moments, ce qu'on appelle maintenant la réception. De
faire qu’elle signifie et qu'on se souvienne de ce qu'elle a signifié
pour d'autres.
Mais le critique, en théorie, se doit surtout de critiquer. Le mot
suppose l'idée d'un commentaire, une ambition de juger, en
même temps qu'une capacité à s'y risquer. La critique est alors
évaluation, situation de l'œuvre dans le moment historique et
parmi les débats qui lui sont contemporains, confrontation du
discours et de l'édifice réellement construit. Elle peut même être
critique au sens le plus ordinaire et le plus mordant du terme, et
il peut s'agir alors de « porter la plume dans la plaie » comme a pu
le revendiquer pour son propre compte un certain journalisme.
La photographie n'a pas vraiment détrôné le dessin ou la gravure,
qui ont un grain différent. De même, le clic-clac contemporain et
le selfie n'ont pas détrôné la photographie, en tout cas celle qui
possède un regard. De même que l'œil écoute, de même les mots
ont-ils un regard. Ils cadrent. Ils disent le vrai ou assènent le faux,
il faut se méfier de leurs sortilèges. Ils montrent parfois l'indicible
ou l'approchent, ils témoignent en tout cas d'un choix.
En haut : panneau d'entrée de La Grande Motte (Jean Balladur, architecte),
ensemble intégré dans la mission Racine ou « Mission Interministérielle
d’Aménagement Touristique du Littoral du Languedoc-Roussillon » créée en 1963
par le Général de Gaulle pour donner à la côte méditerranéenne française un pôle
touristique de grande envergure. Photo Bob ter Schiphorst
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