La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 26

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L
a rénovation de la mythique Samaritaine est un projet
majeur pour le rayonnement de Paris parce qu’il conjugue
des ambitions à la fois architecturales, urbaines et économiques.
Il s’agit tout à la fois de rénover et mettre en valeur un patrimoine
architectural exceptionnel, d’accueillir de nouveaux usages pour
pérenniser le site, et de renouveler l’image de la Samaritaine par
un geste architectural contemporain et innovant qui marque
sa renaissance et « ré-enchante » une rue de Rivoli en panne
d’attractivité.
Lauréats en 2010 à l’issue d’une consultation internationale
d’architectes, nous avons abordé avec fierté mais aussi humilité
ce grand chantier, pleinement conscients que nous n’intervenions
pas sur un territoire anonyme, mais dans le Paris historique, sur
un « monument » cher au cœur des Parisiens et inscrit dans un
environnement patrimonial majeur.
Un projet complexe et exigeant
Le programme est complexe et le contexte exigeant. Nous avons
mission de continuer l’histoire architecturale de la Samaritaine,
en assumant et en prolongeant l’œuvre de nos talentueux prédé-
cesseurs, Frantz Jourdain et Henri Sauvage, tout en interrogeant
la capacité des bâtiments à accueillir de nouveaux usages (un hôtel
de prestige, des logements, des bureaux et une crèche) en plus du
Grand Magasin qui occupera près de 40% du site.
La tâche n’est pas facile. Remettant sans cesse l’ouvrage sur le
métier, un travail itératif avec la maîtrise d’ouvrage, les Architectes
des Bâtiments de France et la Direction des Affaires Culturelles,
a nourri nos questionnements : comment aménager un quartier
de vie dans un ensemble immobilier unitaire dont l’essentiel (80%
des surfaces) est protégé au titre des Monuments historiques ?
Comment transformer un site introverti en lieu de vie ouvert sur
la ville ? Comment faire émerger une identité commune malgré
la diversité des fonctions et l’hétérogénéité architecturale du site ?
Autant de questions multiples auxquelles nous sommes attachés à
apporter une réponse urbaine et architecturale excluant superflu
et gratuité pour installer une véritable relation entre la ville et la
Samaritaine, l’espace architectural et la diversité des publics qui
devront se l’approprier : habitants et employés du quartier et de la
Samaritaine, clients et visiteurs, Parisiens et touristes.
Une identité architecturale entre mémoire et création
C’est dans une dialectique entre création et conservation, mariage
de l’ancien et du neuf, que se construit l’identité architecturale de
la nouvelle Samaritaine. Celle-ci se lit tout particulièrement, rue
de l’Arbre-Sec, dans la greffe fine de nouveaux logements sur des
immeubles d’habitation du xvii
  e
siècle réhabilités. Le principe de
préservation des structures d’origine guide de la même façon le
remodelage de la partie « Jourdain plateaux », avec notamment
la conservation d’une partie des planchers et de l’ensemble des
façades. Il en va de même pour la restructuration du bâtiment
« Sauvage » ou encore pour la rénovation intérieure du « hall
Jourdain » avec la restitution de la verrière d’origine (1905) et
la rénovation de l’escalier monumental. Les façades historiques
sont toutes conservées, rénovées, mais doublées d’une façade
intérieure créant des jardins d’hiver pour améliorer le confort
thermique et acoustique de l’hôtel et des logements.
Composer avec l’environnement de la rue de Rivoli
À la demande de la Samaritaine, nous avons d’abord envisagé de
conserver l’intégralité de l’îlot Rivoli existant avec ses façades. Il
est alors apparu qu’en raison de la configuration des lieux héritée
de remaniements successifs (notamment des différences de
niveaux irrattrapables), ce façadisme était un non-sens. L’idée,
partagée sans réserve par les ABF, s’est alors imposée d’une
re-création contemporaine procédant d’un travail de composition
avec l’environnement du bâtiment et son histoire.
Composition d’abord avec la réalité de la rue de Rivoli
aujourd’hui, un axe urbain particulièrement dur qui fait frontière
plutôt que lien, caractérisé dans cette séquence populaire par une
architecture composite rythmée par des bâtiments imposants.
Nous avons pris le parti non seulement d’apporter de la douceur
à l’ambiance de la rue mais aussi d’ouvrir l’îlot sur la ville, en
dé-densifiant le site existant (-14 000 m
2
). Deux cours contem-
poraines sont ainsi créées au cœur de l’îlot Rivoli et du bâtiment
« Jourdain plateaux », invitant le visiteur à progresser depuis la
rue de Rivoli vers la Seine dans une grande variété d’ambiances,
aimanté par les « surprises » architecturales qui rythment son
itinéraire jusqu’à la découverte, en apothéose, de l’historique
« hall Jourdain sous verrière ». D’un espace à l’autre, l’effacement
recherché des structures, les jeux de perspectives ménagent des
continuités visuelles et assurent une transition douce entre la ville
et le cœur d’îlot.
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