La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 25

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d'ornements historiques, il va créer un décor particulier pour
chacune des salles grâce à sa parfaite connaissance du style
médiéval. Parmi les surprises qui attendent les nombreux visiteurs
aujourd'hui : la variété et la richesse des décors peints avec leurs
lignes végétales qui annoncent l'Art nouveau dont, aux yeux des
plus éminents spécialistes, il est l'un des précurseurs.
Dans son travail de restauration du château de Pierrefonds, tout
se veut certes d'époque, mais l'architecte, soucieux de laisser
une oeuvre pérenne, utilise les procédés constructifs du xix
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siècle, généralisant l'usage du fer (charpentes, planchers, portail,
pont-levis... ), sollicitant les entreprises Béchet et Monduit, qui
réalisèrent, entre autres, la statue de l'archange pour la flèche
de l'abbatiale du Mont-Saint-Michel, la statue de la Liberté ou
encore celle du Lion de Belfort. Enfin, il se sert de la photographie.
En pleine restauration de Pierrefonds, en 1866, Viollet-le-Duc
commande, en effet, une série de clichés panoramiques de la
structure, réalisés à l'aide d'un appareil mis au point par Auguste
Chevallier, « la planchette photographique ».
Si, en 1866, la grande salle du château devient galerie de musée
avec l'installation de la collection d'armures et d'armes de poing de
l'empereur (déménagée en 1870, mais le mobilier muséographique
y est conservé), son escalier à double révolution évoquant ceux de
la Renaissance (Chambord, Blois... ) permet d'accéder à l'étage et
aux appartements des invités. La salle des Preuses (52 mètres de
long sur 9,5 de large et 12 de haut), sur deux niveaux, constitue
la plus belle pièce d'apparat avec sa voûte en forme de vaisseau
inversé portée par une structure métallique, ses vingt-deux
fenêtres, et son étonnant décor polychrome. À l'opposé de cette
salle qui, avec ses 600 mètres carrés, constitue la grande galerie
du musée, l'entrée principale, surmontée par la tribune des musi-
ciens, est ornée des statues de Charlemagne et ses paladins. Cette
reconstruction ouverte au public dès 1867 livre une véritable
leçon d'architecture de l'âge gothique en France.
Le programme de restauration, voire de réinvention du château
de Louis d'Orléans, se poursuivra après la mort de Viollet-le-Duc,
jusqu'en 1884, redevenant féodal en marge de trois républiques.
Étude d'Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) du château de Pierrefonds.
Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris)
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
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