La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 16

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Alain-Charles Perrot :
Lorsque
nous sommes convenus d’écrire
ensemble cet article portant sur la
création architecturale en liaison
avec un état construit existant,
tu m’as dit : « Je ne sais si je peux
parler de création, dans la mesure
où je fais toujours la même chose ».
Je pense que c’était le mot juste. De la même manière je fais
toujours la même chose lorsque je restaure, aménage ou fais
évoluer une construction, un monument existant.
Jean Guervilly :
Dire que l'on fait toujours la même chose était
une réponse un peu abrupte. Le travail de l'architecte est parti-
culièrement obsédant. Les projets se succèdent les uns après
les autres, ils sont tous différents, mais en réalité on ne fait pas
plusieurs projets mais une série de projets, et cette série s'étale
sur plusieurs années.
Pour ce projet d'extension et de rénovation du Couvent des
Jacobins à Rennes, le problème a été différent : il s'agissait d'ins-
taller un programme important dans un lieu peu propice à le
recevoir. Tout le travail au niveau du concours a consisté à essayer
d'installer les différents espaces dans le bâtiment existant et à
regarder de quelle façon il était possible de construire un bâtiment
neuf susceptible d'accueillir les autres espaces que l'on ne pouvait
installer dans le monument.
Nous n'avons pas voulu redécouper les espaces intérieurs du
monument qui nous paraissaient de grande qualité, et il a fallu,
dans l'espace restant, construire le reste du programme tout en
étant conforme au plan local d'urbanisme de la ville de Rennes.
C'était très difficile. Aujourd’hui les problèmes sont résolus,
les difficultés ne sont pas visibles dans le projet et les photos
spectaculaires du chantier qui montrent le couvent en lévitation
disparaîtront. Il y a de l'élégance à ne jamais montrer la difficulté.
A-C. P. :
Pour moi un artiste, pour exercer son art, doit aller cher-
cher dans le fond de « ses tripes », de son esprit, de son âme, selon
sa sensibilité, ce qu’il est nécessaire pour lui d’exprimer. C’est l’acte
créateur. Il utilisera ensuite son talent, son savoir, son habileté
pour faire en sorte que ce qu’il a pris dans le fond de lui-même
prenne forme, prenne « la » forme.
Si, à l’issue de cette démarche, ce qu’il a exprimé entre en réson-
nance avec la sensibilité ou l’intelligence de ses contemporains, son
art sera reconnu ; si ce n’est pas le cas, il lui faudra attendre que le
public soit prêt à cette compréhension qui peut ne jamais arriver.
En architecture, cette attente ne peut exister tant l’investissement
financier est important.
Pour s’exprimer, l’art de l’architecte doit trouver « la commande »
et doit donc être apprécié, dans le temps présent.
J. G. :
Le programme du concours que nous avons remporté
réclame un projet binaire. D’un côté, le couvent restructuré est
restitué à l’espace public avec la solennité qu’il convient. De
l’autre, un ouvrage neuf de forme simple vient à l’ouest s’adosser,
se greffer au précédent avec retenue.
A-C. P. :
Il m’a semblé, en caricaturant un peu, que pour toi
la création contemporaine était primordiale et qu’elle devait
s’imposer au lieu, que le monument existant n’était que l’oppor-
tunité offerte d’avoir un bel emplacement dans la ville, une
mémoire, mais qu’il n’était en quelque sorte qu’un support pour
une nouvelle architecture. Support qui pouvait être presque
gênant s’il présentait trop de contrainte.
LE COUVENT
CENTRE DE
Entretien entre
Jean Guervilly
, architecte et
Alain-
J. G. :
Au contraire, c’est dans la logique du respect du monument
existant et de ses vestiges que nous avons établi un programme de
restauration, de conservation et de mise en valeur des bâtiments
anciens, protégés au titre des Monuments historiques. Nous
avons cherché, lors de la conception de notre projet, à respecter
les espaces originaux de l’édifice. Il fallait pour cela libérer au
maximum les lieux patrimoniaux des contraintes de programma-
tion et en conséquence chercher le plus possible à aménager, dans
les infrastructures, les grandes salles demandées au programme.
C’est ce que nous avons fait, non seulement dans le terrain aux
abords du monument avec la salle de 1000 places, mais aussi en
aménageant une salle de 500 places sous l’assiette du cloître, ainsi
que sous l’aile ouest des bâtiments conventuels.
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