La lettre de l'Académie des beaux-arts - page 15

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perçues, comprises et acceptées que ne l’ont été celles de l’époque
héroïque du Mouvement moderne.
Ces recherches, pour des raisons économiques évidentes,
sont moins fréquentes lorsqu’il s’agit de programmes moins
prestigieux.
J’ai voulu cependant, pour le nouvel hôpital de Monselice proche
de Padoue, implanté dans le relief d’origine volcanique d’où
émergent de la plaine de Vénétie les « Monti dei colli euganei »,
dans la contrainte d’un budget fort modique et l’implacable
rigueur fonctionnelle propre à ce type de réalisation, rompre avec
l’habituelle orthogonalité rationnelle de l’architecture hospitalière.
Ces explorations formelles, nées de l’usage informatique, s’appa-
rentent selon certains à un univers baroque, renvoient selon
deux universitaires canadiens, Guitte et Lachapelle, « à une
quête esthétique qui puise dans une autre historicité que celle de
la pensée rationaliste » et suscitent ainsi un intérêt nouveau du
grand public pour l’architecture contemporaine.
Je laisse à quelque sociologue ou philosophe le soin de nous
éclairer sur l’émergence de cette « architecture virtuelle », de
son expression baroque, et de nous dire en quoi elle témoigne de
notre temps, et à quelque Dali de rencontre, d’imaginer celle qui
lui succèdera.
Dali à Le Corbusier qui lui demandait s’il avait des idées sur
l’avenir de son art, l’architecture : « oui j’en ai… je lui répondis que
l’architecture serait molle et poilue… ». Cette réponse faite, la date
est incertaine, en 1925 ou 1929, est extraite du dernier livre de
François Chaslin Un Corbusier. En faisant la part de son caractère
provocateur propre à Dali, elle est prémonitoire, comme l’est,
sans doute, l’emploi de l’adjectif poilu, qui pourrait s’appliquer à
cet engouement du végétal qui s’exprime depuis quelques années
dans cette mode curieuse et coûteuse des façades végétalisées.
Mais ceci pourrait être l’objet d’un autre article.
Certes l’architecture a, de tous temps, connu ces évolutions, ces
avancées ou ces revirements, témoins de la nécessité de répondre
à des usages et des besoins nouveaux, témoins aussi de l’utilisation
soudaine et audacieuse de matériaux précédemment inconnus
ou plus encore témoins des aspirations des puissants et du désir
de bâtir, par les moyens et les techniques d’une époque donnée,
les monuments d’une société nouvelle. Mais de nos jours, sans
équivalent dans les périodes antérieures, la possibilité de réaliser,
dans l’instant, des images nombreuses, sous des angles multiples
et très évocateurs, a eu une influence déterminante sur une
certaine production architecturale.
Notons cependant que ces formes complexes, distordues,
virtuelles, explorées sur les écrans des ordinateurs et devenues
constructibles grâce à des logiciels puissants, s’expriment surtout
dans des commandes exceptionnelles, nées du désir de quelques
maîtres d’ouvrage publics ou privés de marquer leur temps.
Notons aussi que ces spectaculaires réalisations, pour ne citer que
l’une des plus récentes, la Fondation Louis Vuitton, sont mieux
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